• Syrie:

    et les élections?

     

    Ravagée, vidée de sa population, tiraillée entre forces loyalistes du président Assad, forces armées de l'ASL et groupes djihadistes, la Syrie ou du moins M. Assad espère pouvoir répondre présent aux élections qui devraient avoir lieu en juillet de cette année.

    En trois ans de conflit, la guerre a tué 140 000 personnes, des quartiers entiers ont été anéantis par les combats, et des millions d'habitants se sont exilés dans les pays voisins. Mais le président Assad ne semble guère dérangé par les affrontements. Aucune déclaration officielle n'a été faite de la part du gouvernement de Damas et pourtant c'est incontestable, le chef de l'État prépare tranquillement et discrètement sa réélection.

    Dans les secteurs loyalistes de la capitale syrienne, les préparatifs sautent aux yeux: les commerçants sont obligés de repeindre leurs vitrines aux couleurs du pays (drapeau gouvernemental). En incitant et forçant les populations à aborer les couleurs, le président compte trouver un facteur de rassemblement, d'union nationale pour s'assurer une base solide pour de futures éventuelles réélections.

    Dans tous les cas, les commerçants n'ont pas réellement le choix puisqu'en cas de refus ils écopent d'une amende de 5000 livres syriennes ce qui équivaut à 30 dollars, une somme conséquente dans un pays dans une situation économique critique. Si l'amende n'est pas suffisante pour imposer le drapeau sur les devantures, les habitants risquent une peine de prison.

    Néanmoins, étant donné le contexte actuel du pays, l'annonce d'un nouveau scrutin présidentiel prête à sourire ou du moins paraît absurde. Si les deux camps ce font face lors de rassemblements dans leurs secteurs respectifs, du côté loyaliste le message est clair: les habitants veulent (ou doivent vouloir) la réélection du président Assad dans l'année de ses 48 ans. De nombreux rallyes, démonstrations de force et meetings politiques sont organisés dans les zones où l'armée loyaliste assure le contrôle de la société civile. Du coté de l'opposition le problème à venir est de trouver un représentant qui puisse se montrer suffisement influent pour convaincre les multiples camps et foyers rebelles et notamment les combattants djihadistes.

    A titre d'exemple, la semaine dernière un rassemblement loyaliste en hommage aux victimes du conflit s'est rapidement transformé en meeting politique où orteurs influents dans la société se sont succédés à la tribune pour réitérer une demande similaire: le président a dit : "S'il y a une demande populaire, je me présenterai. Je n'abandonnerai pas mon devoir national." Je vous demande donc de profiter de ce vaste rassemblement (...) pour demander au président Bachar el-Assad de se nommer pour un nouveau mandat", a lancé l'imam chiite sayyed Fabi Burhan sous les applaudissements d'une foule partisane. Des scènes comme cela se sont aussi beaucoup répétées aux abords des lieux gouvernementaux ou des casernes où les familles des militaires se mobilisent facilement.

    Il a aussi été courant de voir des écoliers acheminés par cars entiers pour venir grossir les rangs des manifestations. "Même si ça peut être dangereux, ils les emmènent en car pour participer à des marches à la fin de leur journée d'école sans nous informer", déclare la mère d'un garçon de 11 ans, ajoutant : "S'ils nous informaient, la plupart des parents n'enverraient pas leurs enfants à l'école ce jour-là".

    Pour faire face aux rassemblements dont les photos alimentent la toile et les réseaux sociaux, une campagne a aussi été lancée la semaine passée pour demander l'élection d'une personnalité de l'opposition qui serait en capacité d'être le représentant de ces insurgés fragmentés. Il s'agit de Moaz al-Khatib, ancien président du CNS (Coalition nationale syrienne) qui a réussi a obtenir le soutien de dizaines de milliers de personnes dans les quartiers assiégés et sous contrôle de l'ASL. L'ancien imam de la mosquée des Omeyyades de Damas, actuellement en exil au Qatar a salué cette campagne et mobilisation qui profite à l'image de l'opposition très critiquée pour son morcellement. Néanmoins il s'est opposé à la tenue des élections normalement prévues pour juillet: "Nous ne donnerons aucune légitimité à des élections organisées par le régime".

    Ce serait grâce à des amendements à la Constitution du pays adoptés il y a deux ans que le candidat de l'opposition pourrait théoriquement se présenter face à M. Assad si jamais il parvenait à récolter le soutien de 35 membres du Parlement loyaliste...cela paraît en effet très improbable. C'est néanmoins le premier changement dans le mode d'organisation de l'élection présidentielle depuis quatre décennies. Avant ces amendements, la population syrienne n'avait d'autre choix de voter pour ou contrer la nomination de Hafez puis Bachar al-Assad.

    Pour l'actuel président du CNS, Ahmad Jarab, organiser des élections dans les conditions actuelles relève de la plaisanterie. Non seulement car 2,4 millions de syriens ne sont plus dans le pays mais en exil dans les pays voisins mais surtout que le pays est morcelé. Le nord (Alep) échappe largement au contrôle du gouvernement tout comme le sud (Deir Ez-Zor ou Raqqâ) aux mains de groupes djihadistes. Difficile donc d'imaginer des bulletins de votes circulant à l'échelle nationale.

    Même dans les rues de la capitale, les habitants sont largement sceptiques quant à la tenue de l'élection présidentielle. "J'ai entendu dire que les élections allaient être repoussées d'un an ou deux en raison de la situation", confie Samir, un homme d'âge mûr, lors d'un déjeuner avec sa belle-famille au quotidien libanais L'Orient Le Jour.

     

    Questions d'Orient - Le 08 mars


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  • Israël:

    autopsie d'une défaite militaire

     

    L'étude de cas d'aujourd'hui nous porte à étudier les mouvements militaires qui ont opposé les milices chiites du Hezbollah face à l'armée israélienne à l'été 2006. Ces escarmouches, traduction de la guerre actuelle ont signé la défaite cruelle d'Israël face à un ennemi pourtant dix fois moins nombreux.

    Deux militaires français (le Colonel Goya et le chef de bataillon Marc-Antoine Brillant) reviennent sur une victoire qui à chaud est rapidement vue comme incompréhensible dans un ouvrage: Le Hezbollah contre Israël: Leçon d'une victoire. En effet, cette offensive alliant forces terrestres et forces aériennes lancées à l'été 2006 au Liban doit briser les noyaux du Hezbollah, ennemi de toujours du pays hébreu. Très vite, les escarmouches sont défavorables aux forces israéliennes alors qu'elles étaient persuadées d'avoir à faire face à des unités non-professionnelles et mal organisées.

    Dans la nuit du 9 août 2006 à Debel dans le sud-Liban, une section entière de parachutistes réservistes est larguée sur le village et très vite prise à partie par des noyaux préconstitués de la milice chiite au sol. Les soldats font l'erreur de s'enfermer dans une maison qui est alors la cible de missiles antichars. Ce ne sont pas des munitions pour ce type d'attaque certes...le résultat est pourtant le même: 9 soldats sont tués, 11 blessés.

    Ce qui est étrange chez les militaires israéliens c'est que malgré le déclenchement du conflit depuis près d'un mois, ils persistent dans une tactique qui est un échec permanent: la tactique de l'Intifada qui consiste à s'enfermer pour ensuite mieux attaquer. Mais ça ne marche pas...et cela à cause d'une grosse erreur d'interprétation du chef, persuadé alors que des missiles antichars ne seraient pas utilisés pour attaquer des bâtiments résidentiels. C'est donc face à des armes largement supérieures à celles imaginées que doivent faire face les militaires israéliens mais c'est aussi face à des milices bien plus professionnalisées et organisées que ne l'étaient les factions palestiniennes: "une guérilla plus-plus, un hybride entre une guérilla et une armée régulière", selon l’expression du colonel Michel Goya et du chef de bataillon Marc-Antoine Brillant.

    Donc pour les experts en stratégies militaires de l'armée de terre française, l'exemple de l'escarmouche de Debel est l'illustration même des raisons de l'échec cuisant infligé par le "Hezb" à un ennemi bien supérieur en nombre mais surtout ayant une réputation militaire largement supérieur.

     

    Quels sont à ce moment les ressentis dans chacun des camps? Du côté israélien, les deux officiers français déplorent une armée "sans mémoire", "une armée d’appelés commandés par des capitaines en contrat court. La plupart des officiers supérieurs n’ont aucune autre expérience que celle de la lutte contre les Palestiniens". Cette méconnaissance créée alors un mépris de l'adversaire, une méprise sur ses forces mobilisables, une stratégie inadaptée car minimaliste. A tout cela s'ajoute des malentendus dans les communications: militaires et politiques ne se consultent pas ou peu.

    Du côté du Hezbollah, les grands concepts stratégiques militaires et tactiques sont clairement établis et dans la tête de tous, les forces adversaires sont évaluées et le matériel est assez sophistiqué.

    Le déséquilibre est flagrant, la bataille est déjà jouée stratégiquement. Les caractéristiques ressortent dès le début de la guerre, le 12 juillet 2006.

     

    Il s'agit maintenant de donner un aperçu chronologique de l'enchaînement des évènements. Le 12 juillet, à la frontière israélo-libanaise, un commando du Hezbollah qui a réussi à s'infiltrer en terre hébreu tue huit soldats et en enlève deux. La réponse est immédiate, elle est aérienne. Des bombes frappes les infrastructures du Hezbollah au sud du pays mais aussi dans son QG installé dans la capitale libanaise Beyrouth. Des frappes touchent aussi des installations libanaises telles des ponts, ou des centres de production énergétique.

    Encore une fois la réponse est immédiate et elle participe un peu plus de l'escalade de la violence. Une pluie de roquettes tombe sur le territoire israélien. Cette réponse terrible du Hezbollah signe l'échec du "tout-aérien", stratégie préventive d'Israël qui évitait l'intervention terrestre. De facto, le pays hébreu lance une campagne terrestre qui se décline en plusieurs phases et qui pourtant se conclue le 14 août par un cessez-le-feu qui traduit l'échec israélien. Aucun objectif fixé n'a été atteint. La veille encore, 264 roquettes avaient chuté sur les terres juives. Les israéliens ont perdu 117 hommes, 750 ont été blessés. Le pays "d'accueil" de la guerre, pays souffrant de tous les temps les conflits des autres nations, le Liban a perdu 1200 civils, fauchés lors des attaques. Du coté chiite, l'aspect sectaire et terroriste de l'organisation du Hezbollah rend difficile l'établissement d'un bilan sur les pertes.

     

    La défaite a montré un élément majeur: la guerre, lorsqu'elle devient un phénomène global ne peut faire l'impasse sur la politique et les deux militaires montrent bien que l'excellence du "Hezb" vient du crédit porté à Nasrallah, le leader du mouvement depuis 1992, personnage phare du mouvement.

    En Israël, à l'inversement, le courant ne passe pas du tout entre les politiques et les militaires et condamne un peu avant l'heure l'offensive hébreu. En effet, le premier ministre M. Olmert et son ministre de la défense M. Peretz n'ont jamais réellement été "sur le terrain" comme disent les militaires. L'absence de notions militaires manque cruellement à leur palmarès. La carence coûtera chère. "Ils communiquent peu avec le chef d’état-major. Chacun prend les silences de l’autre pour une approbation".

    Alors que les Israéliens attaquent sûrs d'eux-mêmes avec l'une des meilleures armée au monde, le Hezbollah n'a pas cessé de faire évoluer son organisation interne pour la rendre la plus performante possible. Cela a permis le développement d'une stratégie militaire de haute voltige. L'organisation armée a fait des roquettes son arme de privilège car très mobile et tirant en slave. Son armée est nombreuse et divisée entre deux branches bien distinctes. L'infanterie comprend "une force de combattants professionnels appuyée par des spécialistes en armements sophistiqués" (missiles, roquettes à moyenne portée ou explosifs), conseillés par des militaires iraniens (les Gardiens de la révolution souvent, les Pasdarans). Les cadres et les spécialistes sont en formation en Iran, adversaire ayant tout intérêt à fragiliser le pouvoir hébreu, son ennemi historique. La deuxième branche est une force de réserve de plus de dix mille hommes, mobilisables rapidement et qui s’entraînant régulièrement.

    "Ils ont à l’époque une méconnaissance totale de ce qu’est devenu le Hezbollah",assure Marc-Antoine Brillant qui insiste sur cette incompréhension israélienne qui va causer sa perte. Malgré cela les renseignements existent et nous n'aurions aucun mal actuellement à entendre dire que les services secrets israéliens (Mossad) sont les meilleurs du monde.

    "Mais une chose est de connaître les armements et une autre de savoir comment l’adversaire va s’en servir",rajoute Michel Goya, clin d'œil à la déroute israélienne à Debel venant de l'erreur de l'interprétation et de la surprise d'une nouvelle stratégie militaire: la "défense en essaim", au cœur du dispositif. Historiquement parlant, cette pratique a été utilisée par l’armée finlandaise contre les Soviétiques en 1939-1940 puis conceptualisée un peu plus tard par des stratèges militaires germaniques notamment. D'un point de vue militaire, elle consiste à défendre le terrain par petits groupes tels des sections de quinze à vingt hommes. "Ce type de combat est fait de défenses fermes, d’embuscades, de contre-attaques suivies de disparition soudaines", rajoutent les deux officiers supérieurs français. Pour que cette stratégie soit gagnante il faut qu'un aspect soit rempli: maintenir les forces israéliennes en combat rapproché, afin d’empêcher les avions ou les chars israéliens d’appuyer leur infanterie. Les réseaux de tunnels facilitent le décrochage à courte échelle, ils facilitent aussi l'acheminement d'armes lourdes à une échelle plus régionale souvent via les territoires égyptiens jusqu'à ce que Sissi inonde la majorité de ces accès. .

    "Ce type de combat demande une grande motivation", explique le colonel Goya. Les stratégies idéologiques sont aussi différentes et c'est important de noter les écarts entre la conception du combat chez les hommes du Hezb et celle chez les israéliens. Les hommes du Hezbollah sont prêts à mourir en martyr puisqu'ils sont animés par l'idéal du djihad. Les Israéliens sont une armée sûrement plus professionnelle dont un des objectifs est d'éviter les morts inutiles.

    L’autre surprise est à chercher dans l'appréhension de l'armement. Nécessairement, les alliances géopolitiques et commerciales passées par l'Iran avec les groupes chiites portent leurs fruits. Pour la première fois depuis longtemps, des armes antichars modernes de fabrication non occidentale ont fait irruption sur les champs de bataille surprenant probablement les unités militaires israéliennes. Les experts estiment qu'elles sont issues des usines chinoises ou iraniennes, dont le redoutable Kornet-E, théoriquement capable de percer jusqu’à 1 200 mm de blindage à 5 500 m. Pour ce qui est d'une possible réutilisation d'autres armes plus anciennes ou moins spécifiques, le Hezbollah est passé maître dans l'art de la reconversion des missiles. Comme mentionné au début, l'utilisation de missiles antichars contre des bâtiments n'était pas franchement prévue par les Israéliens...et pourtant les milices chiites ont su en faire une "artillerie portative" en ce qu'elle "remplace les canons, trop vulnérables face à un ennemi qui a la maîtrise du ciel", disent les militaires. Sa mobilité est donc devenue son atout face aux machines militaires israéliennes pourtant plus imposantes.  Les miliciens chiites utilisent pour cela des missiles des années 1960, inefficaces contre les blindés lourds mais meurtriers contre des bâtiments.

    Pour les deux analystes militaires, la guerre de 2006 a été dirigée par des généraux gérant le champ de bataille sur leurs écrans et n'ayant guère conscience des réalités du terrain. Cela s'est traduit par l'envoi de colonnes entières de chars à la suite sans aucune protection réfléchie et donnant le temps aux milices libanaises de mettre en batterie leurs missiles: "Les Israéliens ont lancé des colonnes de chars sans protection, laissant le temps aux servants des missiles de viser leur cible. Les ordinateurs pouvaient renvoyer en direct les positions de chaque unité, de chaque véhicule, et ce qu’ils savaient des positions de l’ennemi. Mais rien ne remplace la perception des chefs sur le terrain.

    "Jamais une armée ne s’est autant remise en question" prétend Michel Goya.

    Et pourtant, l'échec n'a pas été sans retour et remise en question: réorganisation de l’état-major, augmentation de 50 % du budget de l’entraînement, construction d’une fausse "ville arabe" dans le désert du Néguev pour s’exercer au combat urbain... 

     

    Questions d'Orient - Le 03 mars 2014


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  • Syrie:

    l'exode chrétien

     

    La Syrie, ce pays où tous cohabitaient est aujourd'hui une boite vidée d'une partie de ces populations confessionnelles. Il s'agit bien entendu des populations chrétiennes qui fuyent un pays où ils doivent faire face aux accusations de collaboration avec le régime de la part des rebelles de l'ASL et aux violences extrêmistes dépourvues de toute justification de la part des groupes djihadistes. 

    Il n'y pas d'autres mots pour décrire la situation des chrétiens dans le pays de Bachar al-Assad, situation si absurde alors qu'il y a encore peu de temps, personne ne faisait attention à la confession. De fait l'exode chrétien donne lieu à des vagues de populations qui entament un exode incertain tant en durée qu'en terme de sécurité de vie. 

    Comme Louis Bandak, dont l'histoire est rapportée par L'Orient-Le jour, un certain nombre de ces chrétiens se réfugient en Turquie, au nord de la Syrie. Mais la plupart des réfugiés chrétiens sont partis au Liban ou en Jordanie, pays assez proches des zones de combats du sud (Damas, Deraa, Yabroud, Homs) mais aussi des pays qui présentent des proximités linguistiques et culturelles. De telles proximités permettent déjà aux chrétiens une meilleure assimilation dans la société alors qu'ils arrivent en tant que reclus, exilés et souvent avec rien. 

    Les quelques milliers qui choisissent la Turquie ne le font pas au hasard. Ils se sentent alors commettre un acte qui les rapproche de leurs origines passées. Il s'agit du retour dans le pays qu'ont quitté les ancêtres prêt d'un siècle auparavant faisant alors face aux hostilités de la Turquie lors de la Première Guerre Mondiale ou dans la période d'entre-deux guerre. Louis Bandak marche vers la terre de son grand-père. Le choix de ce lieu contribue ainsi à faire naître des sentiments qui transcendent l'idée du réfugié misérable qui part dans un pays qui n'est pas le sien. "Même si je n'y étais jamais allé, je ne m'y sens pas étranger. Ici aussi, c'est chez moi".

    L'ONU qui n'établit pas de comptes sur le nombre de réfugiés suivant des critères confessionnels rend donc difficile l'établissement de données sur les chrétiens exilés de Syrie et vacant dans les territoires surpeuplés et enclins eux-aussi à des dérives sécuritaires du Moyen-Orient. Selon Mark Ohanian appartenant à Charité chrétienne orthodoxe, cet exil concernerait pas moins de 300 000 à 500 000 chrétiens. 

    Pourquoi partir ? C'est la peur au ventre que tous quittent à la va-vite les terres syriennes. Accusés sur le simple fait que leur prénom ne sonne pas "musulman" par des groupes islamiques, ou systématiquement accusés d'être des soutiens directs de Bachar par l'ASL, ils sont victimes d'exactions depuis que le conflit s'est militarisé. Et pourtant, petite minorité (10% de la population environ), les chrétiens ne se sont jamais (ou presque) introduit dans les katiba de quartiers ou dans les milices pro-Bachar. La pluart ont explicitement vu le conflit confessionnel qui se jouait sur la terre syrienne entre chiites (Iran-Syrie) et sunnites (monarchies pétrolières, ASL). Aucun n'avait finalement une raison pour s'engager dans un tel conflit. "Les chrétiens sont pris pour cible parce qu'ils sont vus comme des alliés d'Assad, mais aussi parce qu'ils représentent une cible naturelle pour les fondamentalistes", explique l'historien William Dalrymple, spécialiste des communautés chrétiennes du Moyen-Orient, cité dans L'Orient-Le Jour. 

    Si cela fait quelque peu préjugé, il est incontestable qu'avant le conflit, la Syrie était un pôle de stabilité et de paix pour la communauté chrétienne d'Orient; un petit peu comme le Moyen-Orient il y a cinquante ans, avant la "djihadisation" et la perversion de la religion musulmane. "Les chrétiens du Moyen-Orient vivent leur période de déclin la plus spectaculaire, et c'est irréversible, l'Irak a perdu près de 70 % de sa population chrétienne depuis l'intervention américaine en 2003" selon M. Dalrymple. 

    C'est comme cela que se résume l'histoire de Louis Bandak qui a décidé de partir au printemps 2013, lorsque des combattants étrangers ont contrôlé ses papiers et l'ont accusé de collaboration avec l'État simplement pour son nom occidental: "J'ai dit que j'étais un pauvre électricien, ils m'ont relâché. Je n'arrêtais pas de trembler, j'ai pensé à ce que deviendraient mes filles sans leur père" rapporte Louis. "Nous en avons eu marre de la guerre. La prochaine fois que j'irai en Syrie, ce sera pour du tourisme", rajoute son épouse Ninorta.                                                                                              

    Louis Bandak est de la communauté syriaque, l'une des Églises catholiques orientales comptant dans ses rangs environ 180 000 fidèles. 

    Déjà en décembre 2013, Gregorios III, patriarche des grecs-catholiques accompagné de plus de 15 membres de son synode et de près de 500 pèlerins laïcs, avait apporté au pape François le "salut filial et dévoué" de son Église. Le Pape François avait alors demandé l'arrêt des persécutions contre les populations chrétiennes dont l'exode vidait le Moyen-Orient d'une frange de la population dont les origines sont antiques et dont la foi constitue une particularité historique de la région. 

     

    Questions d'Orient - Le 01 mars 2014


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  • Égypte:

    sanctuarisation de la justice

     

    Dans un pays où les habitants tentent de retrouver une vie normale depuis la révolution de janvier/février 2011, la justice ne peut être perçue comme un organe secondaire du tissu politique et social. Or force est de constater que la justice semble jouer un rôle majeur dans les troubles qui perturbent l'Égypte depuis la destitution de Moubarak, durant le règne des Frères Musulmans et depuis maintenant sept mois que le maréchal Sissi domine le pays d'une main de fer. Une justice qui serait donc largement aux mains des hommes forts du pays et qui pourrait se faire l'actrice d'un retour en force d'un état policier.

    Selon quels motifs l'appareil judiciare dicte-t-il sa loi actuellement ?

    Sous l'État Moubarak, les juges notamment ont toujours été assez indépendants voire même comme un contre-pouvoir relativement efficace. Sous Morsi en revanche, les juges se sont montrés très fermes et sont souvent vus comme en grande partie responsable de la chute du frériste. D'ailleurs, depuis l'arrivée au pouvoir du maréchal Sissi et le début de la répression qui aurait fait 1400 morts depuis sept mois, le pouvoir judiciaire a tranché dans ses positions: il est un élément des plus actifs dans la répression. Il n'y a pas de doute, son rattachement à l'homme fort du pays lui permet de s'autonomiser à condition de ne pas mettre de bâtons dans les roues de Sissi et de légitimer pleinement sa répression judiciaire contre son ennemi frériste.

    Le paradoxe est évident puisqu'il n'y aucun doute: le pouvoir du maréchal Sissi est le symbole d'un retour sur les principes de la révolution même s'il permet d'évincer la menace frériste et les ramifications islamiques dans la société égyptienne. Et pourtant les juges ont tranché: ils seront dans le sillon frais du maréchal.

    Tout jou en faveur de l'organe de jugement. Le fait d'avoir à juger deux présidents déchus (Moubarak et Morsi) ne peut que travailler l'image de l'institution qui est constament sous les projecteurs internationaux. Mais si cette publicité sert son image dans certaines poches de la population, ce n'est pas de l'avis de tous. Des ONG*** ont pointé du doigt le Parquet en l'accusant de faire une sélection politique et idéologique dans le choix des accusés et dans le degré de condamnation. Il est important notamment de souligner qu'à aucun moment, les responsables des forces de sécurité n'ont eu à répondre des violences pratiquées lors des rassemblements anti-Moubarak de la place Tahrir ou lors des manifestations pro ou anti-frères musulmans.

    Dans tous les cas cela ne peut pas sensiblement changer pour l'instant puisque Sissi a su acquérir à sa cause le corps judiciaire notamment en lui donne une puissance et une marge d'action quasiment hors du commun par la Constitution votée en janvier 2014. En fait, dans cette Constitution rien n'a réellement chamboulé le pouvoir judiciaire qui reste le même que sous Moubarak simplement acquis à la cause du ra'is.

    C'est aussi toute une impunité qui caractérise actuellement le judiciaire. Des crimes impunis, cela n'est pas franchement nouveau et aucune police de dictateur n'a jamais été connue pour prendre des gants pour ne pas blesser le prisonnier. Sous Moubarak, il s'agissait donc d'une impunité pour les forces de l'ordre qui imposaient leur loi, la loi du chef sur la société payant au prix fort toute revendication déplacée. Et même après une révolution populaire de l'ampleur de celle contre Moubarak, prônant paix, liberté, justice et même équité, aucun pouvoir qui a régné sur l'Égypte depuis n'a souhaité traduire devant la justice les auteurs de possibles violations aux droits de l'homme; ni le Conseil Suprême des Forces Armées, ni Mohamed Morsi ni même Sissi.

    Au contraire, depuis la chute de l'homme des Frères Musulmans, la magistrature soutenue par une part de l'opinion publique égyptienne elle-même stimulée par les organes de presse se sent actuellement en pleine possession de ses moyens pour prendre le dessus sur les adversaires de l'institution et casser les mesures entreprises à ce moment. Plusieurs conflits avaient opposé Morsi et la magistrature et notamment le 22 novembre 2012 lorsque le président frériste avait fait voté une déclaration constitutionnelle qui immunisait les décisions présidentielles. Morsi avait aussi entrepris de révoquer le procureur général et d'interdire le droit de la Haute Cour constitutionnelle à examiner la constitutionnalité de la composition de l'Assemblée constituante et de la Chambre Haute du Parlement. Morsi avait aussi comme ambition de faire passer un projet de loi diminuant l'âge de la retraite. La magistrature, qui avait unanimement refusé une telle décision, avait accusé le ra'is de vouloir par cette mesure mettre à la retraite un bon quart des magistrats.

    Alors que les arrestations massives et les détentions préventives vont bon train chez les Frères Musulmans, littéralement décapités au plus profond de l'organisation, les investigations contre les policiers sont inexistantes. Morsi est actuellement sous le coup de quatre procès dans lesquels il risque la peine capitale. Une dizaine d'autres procès sont aussi en marche, dirigés contre ses partisans. N'oublions pas néanmoins, que suite à des procès les sanctions prises étant excessivement lourdes, une chaîne de solidarité s'est développée dans la société obligeant ainsi les magistrats à revenir sur leurs décisions. La situation est de facto complexe et personne ne semble franchement tirer les ficelles même si Sissi impose ses vues. En fait, c'est aussi comme un serpent qui se mord la queue: lorsque des policiers sont amenés à comparaître devant un tribunal, ils ne sont guère inquiétés sur le long terme car les motifs de légitime défense ou d'insuffisance de preuve sont suffisants mais derrière cela les juges reprochent au Parquet de fournir des dossiers incomplets et le Parquet accuse les forces de l'ordre de mener des actions trop superficielles...

    Moubarak, par exemple a été totalement blanchi pour des raisons opaques sauf pour attaques contre manifestatns et détournement de biens publics...ce qui est assez peu finalement comparé à ce que l'ancien desposte risquait. Sa condamnation à la perpétuité a été annulée par la Cour de Cassation tandis que les hauts fonctionnaires qui étaient dans son entourage proche n'étaient pas inquiétés. C'est notamment le cas du secrétaire de l'ancien du PND (Parti National Démocratique), de l'ancien directeur de cabinet ou du premier ministre d'Hosni Moubarak.

     

    Mais c'est aussi tout un système qui est défaillant. C'est un système désuet, un système ariéré mais que personne n'ose retoucher puisqu'il fait la gloire des dirigeants (ou du moins il ne les handicape pas) et qu'il assure à l'Égypte un semblant de stabilité institutionnelle.

    Même les juges relativement indépendants et militant pour une autonomie plus concrète sous Moubarak n'ont guère retouché ce système de la magistrature, la question de la réforme globale du système ou son financement. Et pourtant, qu'ils sont nombreux les dysfonctionnements, les lenteurs, les inefficacités; qu'ils sont nombreux les besoins de modernisation, d'informatisation, de centralisation ou de formations adaptée. Mais comme le rappelle Nathalie Bernard-Maugiron, la politisation de l'appareil judiciaire a totalement paralysé la possible réforme.

    De facto, en rien les règles de recrutement n'ont pu être changé. Il s'agit toujours d'une succession de père en fils et les enfants ayant des liens de loin en loin avec des islamistes (déclarés ou soupçonnés), ayant des parents gauchistes ou une famille plus pauvre sont directement mis à l'écart. De la même manière, les femmes ont à souffrir d'une forte discrimination alors même que les textes officiels (Constitution) garantissent l'accès aux fonctions publiques de la gent féminine. Des jeunes femmes diplômées de droit n'ont pas pu être inscrite aux examens pour les fonctions au sein du Conseil d'État. Lorsque la présidente du conseil national pour les femmes a protesté, elle s'est vue menacée par le pouvoir pour ingérence...

    Bernard-Maugiron assure pourtant qu'une remise en question des privilèges par un parti politique aurait pu lui assurer un soutien populaire. Ce ne fut bien sûr le cas d'aucun mouvement qui a été au pouvoir.

    Concernant cette autonomie administrative et financière qui a assuré à l'organe judiciaire, il n'y a actuellement en Égypte aucun autre pouvoir pouvant contre-balancer le contrôle de la société. Dans tous les cas, l'autonomie et l'impunité qui plânent au-dessus du corps des magistrats ne peuvent être levées que par le Conseil Suprême de la Magistrature.

    En revanche, "l'opposition" qui peut se manifester paye cher le prix de son engagement; loin d'elle l'impunité. La presse égyptienne (le quotidien en anglais, arabe et français Al-Ahram) rapporte notamment que des membres du Courant de l'Indépendance ont été obligés de rester sur le territoire égyptien et que l'ancien président du Club des juges d'Alexandrie a été emprionné.

    Le président de la Cour des Comptes (aussi candidat du Courant de l'Indépendance à la présidence du club des juges judes en 2009 et nommé par Morsi à son poste) a affirmé de lui-même que la justice égyptienne était "vindicative et sélective". Il n'a pas hésité non plus à clamer que des organes judiciares étaient largement mouillées dans des affaires de corruption à hauteur de 3 000 000 000 de livres égyptiennes. Mal lui en à pris et mal en à pris aux autres fonctionnaires qui ont mené avec lui l'enquête: ils ont été immédiatement menacés par le Parquet de poursuites.

     

    Il y a donc incontestablement une sanctuarisation de l'appareil judiciaire égyptien, efficace mais déséquilibré et largement introverti. Malgré une certaine indépendance de l'organe étatique, les hautes personnalités qui dictent la conduite de la structure judiciaire n'hésitent à donner de la voix lorsqu'il s'agit de défendre leurs intérêts ou de contrebalancer des informations qui pourraient les menacer sur la scène politique.

     

     

     

    *** 

    "In a report released today (Monday), the International Bar Association's Human Rights Institute (IBAHRI) urges the future Egyptian government to take action to promote the independence of the judiciary and prosecution services, in order to strengthen the rule of law in Egypt..."

    http://www.legalbrief.co.za/article.php?story=20140211121632347

     

    "On the eve of the third anniversary of the “25 January Revolution”, the human rights outlook in Egypt remains grim. Chief among the triggers of the uprising in 2011 were growing levels of poverty and inequality, soaring unemployment, endemic corruption, police brutality and other human rights violations. After three years of chaotic transition, the revolt’s root causes not only remain but in some cases have grown more acute. This briefing details Amnesty International’s main concerns about developments in the human rights situation in Egypt since the removal of Mohamed Morsi from the presidency in July 2013."

    http://www.amnesty.org/en/library/info/MDE12/005/2014/en

     

    Questions d'Orient - Le 27 février 2014


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  • Syrie:

    les "profiteurs"

     

    Ce soir, nous allons faire un petit point sur l'économie actuelle de la Syrie. Pays en guerre depuis bientôt trois ans (l'anniversaire sera fêté le 15 mars), on peut facilement s'imaginer que l'économie est en crise. C'est indéniable. Même si certains avancent que la croissance atteint 5% chaque année (remarquable, notons le pour un pays aussi en ruine), d'autres souligent qu'il faudrait actuellement trente années à la Syrie pour se remettre du conflit. Alors qu'en sera-il demain, ou dans dix ans? 

    En trois ans de conflit, les dégats sont immenses mais ils ne sont pas irrémédiables selon certains. La question mérite d'être posée lorsque l'on voit l'état de villes comme Alep ou Homs... Les destructions seront de toute manière très difficiles à reconstruire. Mais les difficultés futures à reconstruire sont aussi déjà entrevues en raison de la ruine du pays à tous les niveaux: c'est une ruine démographique et humaine avec 140 000 morts selon l'OSDH, mais c'est aussi des flux de populations émigrées uniques donc une main-d'oeuvre et un pourcentage social de la population immense qui n'est plus dans le pays et qu'il faudra faire revenir dans les meilleures conditions possibles d'où l'intérêt d'unifier les fronts de résistance pour éviter que la Syrie de demain ne soit le théâtre des affrontements entres alliés actuels (je pense notamment à EIIL et à l'ASL). Les pertes sont aussi matérielles et économiques. 

    D'après, Jean Yazigi travaillant pour The Syria Report, les données disponibles sur l'économie et les besoins matériels sont assez faibles et permettent des estimations qui ne peuvent être qu'approximatives. En juin 2013 par exemple, on estimait le cout de la guerre à plus de 100 millions de dollars ce qui correspondait alors à 170% du PIB du pays d'al-Assad. 

    De fait, c'est tout un système économique et un système de valeur qui s'effondre progressivement conséquence logique d'un conflit ravageur matériellement parlant mais aussi conséquence des mouvements de populations qui entrainent une fuite des possibles capitaux. A cela il faut ajouter les sanctions internationales dont on parle peu mais qui pèsent sur le système syrien. Les secteurs bancaires et pétroliers connaissent notamment une paralysie qui entraine des mutations dans toute la société. Avant la guerre, 92% des exportations syriennes en pétrole étaient dirigées vers l'Union Europèenne... On peut comprendre le déséquilibre institué par les prises de positions internationales. Le 16 février, le ministre Souleiman al-Abbas chargé du pétrole avait annoncé que la production syrienne avait chuté de près de 96%. "On est passé de 385 000 barils à 14 000" alors même que le secteur pétrolier était incontestablement le point fort du pays, sa plus grande source de devise. 

    Le secteur énergétique syrien est d'autant plus atteint que les réserves, sources de profit sont en grande partie aux mains des rebelles et notamment des djihadistes d'EIIL. La grande majorité de ces sites sont concentrés dans le nord et l'est c'est à dire les points clefs et stratégiques tenus par les rebelles et Da'ech. Les villes de Raqqa, Alep ou Deir Ez-Zor constituent ces charnières dans l'axe ouest-est. D'après le ministre cité par l'agence gouvermentale Sana "l'augmentation des agressions terroristes contre les infrastructures pétrolières, les sanctions occidentales et la suspension des compagnies étrangères de la prospection pétrolière" sont pleinement les causes de cette chute. Et pourtant, fin décembre 2013, Bachar a signé un accord majeur avec la Russie pour une durée de vingt-cinq ans (qui prouve ainsi qu'al-Assad ne compte pas abandonner le pouvoir). Cet accord de prospection dans les eaux territoriales syriennes avec une entreprise russe est le premier signé sur une exploration gazière et pétrolière. 

    Le facteur de destructuration de la géographie du pays est aussi à prendre en compte dans l'affaiblissement du pays. La Syrie est aujourd'hui disloquée suivant des logiques absolument pas rationnelles, en fonction des populations préexistantes à la guerre, des proximités aux frontières, des forces militaires ou des confessions. Les déplacements sont de fait beaucoup plus compliqués notamment dans l'est où les djihadistes irakiens font régner une loi de fer avec une application stricte de la charia et des conditions de vie plus de difficiles. C'est aussi le cas dans les villes d'Alep ou de Damas où les quartiers chrétiens sont isolés puisqu'en zone gouvernementale et où le passage entre les deux zones est devenu tout à fait impossible avec les snipers contrôlant les grandes avenues désertes ou les chabbiha chassant toute présence suspecte. 

     

    Et pourtant, cela a incontestablement conduit à l'instauration d'économies parallèles. Ces économies parallèles s'expliquent par les pénuries croissantes de denrées alimentaires de base (Yarmouk, ou même des quartiers de Damas ou d'autres grandes villes), à la pénurie d'eau saine, au taux de chômage actuellement de 40%, à la dévaluation de la livre syrienne (le dollar est passé de 47 à 150$ dans l'équivalence) ou encore à l'insécurité générale. 

    Cette apparente solidarité qui donne lieu à ces économies souterraines est à attribuer à plusieurs facteurs. La baisse de la demande signifie logiquement une baisse de la consommation. Le gouvernement de Damas dépendant aussi beaucoup de ses alliés (comme on l'a dit plus haut) pour les exportations, il doit aussi développer de nouvelles stratégies pour investir ailleurs et se ravitailler. C'est via son plus grand allié qu'est l'Iran, qu'al-Assad importe le pétrole puisque l'on attribue au pays perse un crédit de plusieurs milliards de dollars de pétrole. 

    Cette économie nouvelle est constituée de réseaux de trafics et notamment dans les zones gouvernementales qui doivent faire face aux lourdes sanctions internationales pesant sur la vie quotidienne. 

    D'après Yazigi, c'est grâce à l'instauration de ces réseaux souterrains que beaucoup se sont mis à "profiter" de la guerre pour s'enrichir. Il s'agirait pour la plupart de proches du pouvoir tel que Rami Makhlouf, cousin de Bachar ou Ayman Jaber. Les sanctions européennes profitent finalement. Yazigi estime même que certains se sont tellement enrichis qu'ils ont pu acheter des places au gouvernement. 

    Yazigi montre aussi qu'avec le conflit, ce sont de nouveaux besoins qui ont émergé: un besoin accru en générateurs de courant ou en services de santé. 

    Chez les chabbiha ou  les milices pro-régime, le fait de ne pas être membre officiel du gouvernement et donc par conséquent de ne pas être payé a contribué largement aux enrichissements personnels de manière plus ou moins orthodoxe. C'est de cette manière aussi qu'il faut appréhender l'augmentation des rapts, des pillages ou des demandes de rançons autant chez les pro-Bachar que chez les rebelles et notamment EIIL. Ce groupe surpuissant dans la Syrie actuelle est accusé régulièrement de s'occuper du contrôle de régions pétrolifères, de champs de blé ou de checkpoints pour s'enrichir plus que pour combattre les troupes de Bachar. 

     

    Globalement donc, le morcellement du territoire a entrainé la création d'une nouvelle économie souterraine, polarisées par des réseaux dans différents centres urbains. Ce n'est pas sans faire des "profiteurs" de la révolution. Ce n'est pas nouveau, à chaque guerre ses profiteurs ! Pour Yazigi, il s'agirait même pour certains de faire en sorte que la guerre puisse durer le plus longtemps possible tant le conflit a été facteur d'accélération de l'enrichissement personnel. Aaah...la paix, c'est bien trop monotone... 

     

    Questions d'Orient - Le 22 février 2014 


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