• Arabie Saoudite: tribulations étatiques et successions

    Arabie Saoudite :

    tribulations étatiques et successions

     

    1932: le royaume des Saouds est créé, à leur nom. C'est le début du règne d'une famille qui va être entouré de mystères et de complexités dans les moments charnières de succession ou de nomination à des postes gouvernementaux. Cette complexité de la politique wahhabite a donc façonné l'exercice du pouvoir dans la monarchie pétrolière.

    Néanmoins, jamais encore les problèmes dynastiques et autres problèmes internes à la famille n'avaient entaché la géopolitique de la région; une région en plus dans un état d'instabilité extrême suite aux printemps arabes.

    Actuellement, d'une point de vu généalogique, la famille des al-Saoud est la plus importante qui existe avec pas moins de 22 000 membres... Je crois qu'il n'est guère compliqué de comprendre l'instabilité de la famille puisque chacun veut sa petite place dans un État devenu le "meilleur partenaire commercial" de certains pays occidentaux...

     

    Une telle volonté de placer les petits nouveaux et les anciens dans le pouvoir n'est pas nouvelle, elle vient tout droit du fondateur du royaume, Abdel Aziz al-Saoud qui a voulu assurer une place dans le pouvoir à chacun de ses 43 fils... Pour avoir des conflits de pouvoir, il n'y a rien de mieux ! Et pourtant, la famille tient et la stratégie de placement sous ce modèle perdure encore actuellement puisqu'elle est mise en oeuvre pour assurer la succession du monarque Abdallah.

    Il faut savoir que la tradition saoudienne assure un rang aux princes suivant la tribu de leur mère mais aussi de leur alliance avec d'autres membres masculins de la famille royale. Dès le début du règne de la maison des Saoud sur le pays, les conflits de succession ont été attisés par la fratrie la plus connue: les Sept "Sudeiri", fils d'Abdel Aziz et de sa femme Hussa al-Sudeiri.

    1975: l'assassinat du roi Fayçal par son neveu traduit encore une fois l'ambiance qui règne au sein du clan et rappelle un petit peu l'atmosphère médiévale des familles Arabes s'entretuant entre eux pour obtenir les places de calife. C'est à partir donc de 1975 que la fratrie Sudeiri revient pleinement au centre du pouvoir: elle est la faction dominante. Fahd, l'ainé des sept frères a régné 23 ans ce qui est le plus long règne d'un monarque saoud. L'importance des soutiens familiaux et extra-familiaux est donc chose majeure et à prendre en compte dans la stabilité ou l'instabilité du pouvoir.

    En 2005, lorsque Fahd décède, c'est Abdallah qui prend le pouvoir ce qui constitue une véritable fronde à l'autorité des Sudeiri donc le pouvoir a lentement mais clairement diminué et donc les seuls descendants encore bien présents dans le jeu politique saoudien sont Sultan et Nayef. Leurs puissances et leurs maintiens dans les intrigues royales sont assurés par les postes importants qu'ils occupent.

    Mais Abdallah n'a alors que des demis-frères qui manquent de légitimité pour assurer la succession. Dans un intense conflit interne, il doit alors trouver une parade pour empêcher une restauration de l'autorité des deux Sudeiri. Son approche de la question est assez simple et sa stratégie n'est pas innovante: il va simplement rassembler des princes de la famille marginalisés et hostiles (au moins politiquement) aux Sudeiri, s'assurant ainsi une base de soutien forte. D'autant que le Conseil d'allégeance formé est certes aux mains de Sultan mais assimile aussi les fils restants d'Abdel Aziz et les fils de ses frères décédés dont ceux de Fayçal. Cela permet donc aux princes marginalisés ou vus comme descendants d'un père trahi et mis à l'écart , de renouer avec le trône et de trouver un fondement instutionnel pour arriver jusqu'aux fonctions proches de ce trône.

     

    Dix ans après sa succession sur Fahd, Abdallah est la définition même du monarque absolu: aucun pouvoir ne lui échappe. Il accorde un poids considérable à la Garde Nationale dont le commandement a été confié à son fils Mutaib et dont le statut est devenu celui de ministère. D'ailleurs, la révocation de multiples officiers supérieurs dont le commandant Badr ben Abdel Aziz fait de la Garde nationale une instance au niveau voire supérieure à l'armée nationale.

     

    Voilà un bref panorama d'une situation confuse dans une famille hyper-nombreuse et aux rivalités internes très fortes. Mais si l'interne restait dans l'interne... En effet, il est indéniable que ces soucis et ces turbulences au sein de l'édifice institué presque de fait maintenant ont eu des impacts très forts sur la région et sur la politique extérieure saoudienne.

    La concentration de tous les pouvoirs en la personne d'Abdallah constitue un réel problème pour la région en ce qu'il incarne l'Arabie Saoudite donc le royaume wahhabite mais aussi le chef de la politique extérieure. Ce qui signifie par effet de chaînage, que les liens de parenté et d'allégeance prévalent largement dans la politique saoude sur le mérite. Ainsi, le régime se voit particulièrement affaiblit dans la région et son champ d'action/ses capacités sont largement à remettre en cause.

    Les rois des monarchies pétrolières en général ont été probablement apaisés de voir que les révoltes arabes ont échoué en ce sens qu'elles n'ont pas institué de démocratie réelle pour l'instant. Ils ont du être encore plus satisfait de voir l'échec flagrant et humiliant des partis islamistes radicaux arrivés au pouvoir aux dépends des printemps arabes aux vertus laïc, il faut le rappeller...

    Mais pourtant, ces révoltes ont indéniablement déstructuré le statu quo local et régional de la maison wahhabite qui reposait avant tout sur les pétrodollars. Les révoltes ont évincé des alliés fiables du monde arabe (Moubarak) et ont fait de voisins des ennemis devenus hyper-menaçants pour le régime (Bachar al-Assad). Tout est loin d'être tout rose et c'est sans compter les millions de dollars que les pays du Golfe ont du dépenser pour étouffer les débuts de contestations lancés en pleine terre d'Islam.

    La monarchie saoudienne a dans un premier temps, menée une politique de soutien actif financier et militaire parfois à ses voisins alliés épargnés par des révoltes mais rarement par les conséquences de ces révoltes (la Jordanie, le Liban avec les 3 milliards d'aides militaires à l'armée pour faire face aux dérives sécuritaires et Bahreïn) et en soutenant l'armée égyptienne, ce qui a abouti au renversement du gouvernement des Frères musulmans à l'été 2013.

    Mais 2013 (disons même avant mais il s'agit des chiffres officiels), la Syrie capte et canalise toute politique (et militaire mais ça aussi il ne faut pas trop le dire) de l'Arabie saoudite dans la région. Les dirigeants saoudiens considèrent que l'affrontement entre Assad et ses opposants est pleinement intégré dans le cadre du combat existentiel du royaume contre son principal ennemi, l'Iran. C'est pourquoi l'Arabie saoudite est devenue le premier financeur et le premier fournisseur d'armes des rebelles sunnites qui combattent l'armée d'Assad soutenue par l'Iran chiite et le Hezbollah qu'il téléguide. C'est une politique de déplacement des conflits dans des territoires étrangers que mène le royaume. On l'a vu au Liban il y a quelques temps, les attentats sunnites sont pointés du doigt par les chiites et accusés d'être financés par la monarchie. En Syrie, le cas est le même: il s'agit avant tout et partout de combattre l'Iran, grande plaque sismique de faille dans la ligne sunnite des pays arabes avec Assad en Syrie.

    Il n'empêche que tous ces efforts ne paient guère et disons le, attirent les foudres des Occidentaux sur le pays. Les États-Unis ont refusé une intervention militaire en Syrie, signe des accords avec Téhéran et condamnent le terrorisme sunnite en Syrie (Jabhat al-Nusra et EIIL). Si bien que EIIL, correctement financé par les riches émirs du Golfe a du être "lâché" par l'Arabie Saoudite qui ne pouvait faire bonne figure sur la scène internationale si son alliance et sa responsabilité dans la création du groupe étaient prouvés.

     

    Questions d'Orient - Le 19 février 2014


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