• Le leader états-unien face à de nouvelles problématiques

     

    La fin de la Guerre Froide, soldée par la victoire états-unienne face au bloc communiste, a marqué, selon certains, la « fin de l’histoire ». Mais, au lieu de fin de l’Histoire, s’en est plutôt une autre qui commence, celle d’un Etat qui fait face à un monde multipolaire et à un foisonnement de nouvelles problématiques, mettant son statut de leader à l’épreuve. Dans le contexte de la mondialisation, la politique intérieure et la politique extérieure des Etats-Unis se voient profondément réorientées, redéfinissant la place des USA dans l’ordre mondial.

     

    Politique intérieure et immigration aux Etats-Unis

    Le statut particulier des immigrants

                Selon les observateurs, les Etats-Unis compteraient 11 millions d’immigrants illégaux (undocumented aliens) résidants sur le territoire américain (soit plus de 3.5 % de la population totale), dont 2/3 seraient hispaniques selon le Census Bureau. Il a été également démontré que l’immense majorité de ces immigrants illégaux travaille et paye des impôts (sur le revenu, sur les achats, sur la propriété). Cette situation semble, pour nous Français, paradoxale : comment des résidents en situation irrégulière peuvent-ils payer des impôts ?  A la différence de la France, les taxes aux USA sont appliquées à la source, c’est-à-dire directement sur le salaire avant qu’il ne soit versé par l’employeur.

                Le sujet devient problématique lorsque l’on aborde la question des contrôles d’identité. L’assemblée de l’Arizona, Etat du Sud très conservateur, a voté la mise en place de dispositions afin d’établir un profilage de l’immigré illégal. Ont notamment été retenus comme critères le style de vêtement, la fréquentation de certains magasins, la gastronomie, et les pick-up noirs roulant à grande vitesse. Les individus remplissant ces conditions sont susceptibles d’être appréhendés et contrôlés. L’assemblée de l’Arizona a ainsi délégué à la police de l’Etat le pouvoir de contrôler les individus suspectés. Or, la Constitution fédérale interdit ce genre de vérification : ne peut être contrôlé qu’un individu suspecté d’un délit ou d’un crime autre que le franchissement illégal de la frontière.

                En somme, les immigrés clandestins aux USA sont dans une situation tout à fait originale : ils travaillent, payent des impôts, ont un permis automobile, des enfants qui vont à l’école, mais ils ne peuvent légalement pas être contrôlés, à moins que quelqu’un les dénonce ou qu’ils soient suspectés d’avoir participé à un crime ou délit. Cependant, ils n’ont pas le droit de vote.

     

    Le poids électoral de la communauté hispanique

                La communauté hispanique aux USA, de 53 millions d’individus, soit 17 % de la population, a un impact électoral très important, notamment parce qu’elle est implantée dans des Etats d’importance politique majeure tel que la Californie, qui compte 55 grands électeurs sur 538 (1/10ème). Néanmoins, contrairement aux afro-américains qui ont un comportement électoral prévisible (90 % votaient pour Obama en 2012), le vote hispanique est particulièrement volatile, et ce pour 2 raisons :

    -la communauté hispanique est très peu inscrite sur les listes électorales, elle constitue donc une nouvelle ressource d’électeurs potentiels.

    -une enquête sociologique s’est efforcée de montrer que le premier vote est déterminant en termes d’orientation politique pour les élections futures.

    Pour ces raisons, les hispaniques constituent un enjeu électoral majeur pour les candidats aux élections qui peuvent « puiser » dans cette nouvelle ressource de primo-électeurs qui, une fois leur premier vote acquis, seront des appuis fidèles.

                Par ailleurs, le vote hispanique est confronté à un dilemme moral et économique. Il est souvent orienté démocrate, puisque, appartenant majoritairement à la classe socio-économique la plus basse, les hispaniques souhaitent bénéficier au maximum des aides de l’Etat-Providence. Ce facteur économique, associé à la stigmatisation des hispaniques par les Républicains, qui apparaissent réellement comme le parti « ennemi » des hispaniques, contribuent à orienter leur vote vers le Parti Démocrate. Toutefois, ce vote est susceptible de désalignement et de réalignement en raison du fort conservatisme de ces mêmes hispaniques en termes de mœurs. En effet, les familles hispaniques, souvent très catholiques et conservatrices dans les moeurs, s’identifient de ce point de vue au Parti Républicain. La communauté hispanique se trouve donc face à un dilemme original entre un vote démocrate motivé par leurs intérêts économiques, et un vote républicain influencé par la morale et les croyances personnelles.

     

    Projets de loi et réformes structurelles

                Les dernières réformes structurelles en matière d’immigration datent du début du XXème. Le National Origin Act, de 1924, stipule que les populations étrangères ne peuvent immigrer sur le territoire états-unien qu’au nombre maximum du quart de la nationalité ou ethnie déjà présente à cette date.

    La dernière réforme est celle de 1964, relative aux droits civils. Aujourd’hui, c’est le DREAM Act qui est discuté aux USA : il souhaite régulariser les individus entrés illégalement sur le territoire lorsqu’ils avaient strictement moins de 16 ans. Ce projet de loi, qualifié de « path to citizenship », concernerait tous les individus remplissant cette première condition ainsi que les suivantes : payer des impôts, posséder un diplôme du lycée, avoir suivi des études supérieures pendant au moins 2 ans ou avoir servi 2 ans au moins dans l’armée américaine, ne pas être impliqué dans un crime. Les individus remplissant l’ensemble de ces conditions obtiendraient une carte de séjour temporaire, qui, après 6 ans, si les 2 années supplémentaires d’enseignement supérieures ont été effectuées (ou 2 ans d’armée supplémentaires), se transformerait en une carte verte, octroyant le droit à son possesseur d’acquérir à terme la citoyenneté américaine, le droit de résidence à vie, le droit de vote, ainsi que la possibilité d’un regroupement familial. Ce projet a cependant été rejeté en 2010. Obama avait alors émis un executive order visant à bloquer la possible reconduite à la frontière d’immigrants illégaux.

                De plus, les USA appliquent un droit du sol strict. En Virginie par exemple, qui possède des universités publiques d’excellence (University of Houston, University of Virginia), les individus in-state payent leur enseignement à la hauteur de 8 000 $ tandis que les out-state, les résidents illégaux, payent eux 32 000 $. C’est pourquoi l’Etat a accordé le droit aux immigrants qui ont toujours vécus aux USA et qui y ont fait toutes les études d’obtenir la citoyenneté américaine et donc d’accéder à des coûts scolaires moindres.

                Cependant, Le DREAM Act ne concerne qu’une petite minorité d’individus, c’est pourquoi certains politiques demandent son intégration dans une réforme de plus grande ampleur. Cette réforme, c’est le Border Security Economic Opportunity Immigration and Modernisation Act, qui est passée au Sénat (à majorité démocrate) mais est restée bloquée à la chambre des représentants (à majorité républicaine) jusqu’au 27 juin 2013. Son adoption définitive n’est cependant pas encore actée. Elle a vocation à redéfinir la place des immigrants illégaux aux USA et à repenser l’immigration selon le renforcement de la surveillance des frontières. Elle ne remettrait pas en cause l’interdiction de reconduire des individus à la frontière (sauf pour certains individus traversant sans arrêt la frontière mexicano-américaine en fonction du climat et des récoltes) mais donnerait la possibilité de délivrer des visas temporaires pour certains travailleurs (dans l’agriculture notamment) et mettrait en place un système d’immigration choisie, comme cela est le cas avec le reste du monde. En d’autres termes, les USA auraient la possibilité d’ouvrir grand leurs portes aux travailleurs très qualifiés ou rares et de la fermer aux travailleurs possédant moins de compétences.

                Enfin, cette réforme prévoit également le financement du système informatique E-verify, qui faciliterait la vérification, pour les employeurs, du statut légal ou non de leurs employés. Cela rendrait donc les entreprises responsables, ce qu’elles ne veulent pas, et cela aurait pour conséquence finale la hausse du coût du travail et in fine du coût de la vie. On peut ainsi prendre l’exemple de l’Arkansas, dont l’économie repose essentiellement sur les entreprises d’abattage de poulets. Or il a été montré que moins de 1 % des individus employés dans ces usines sont blancs. Les entreprises devront donc augmenter les salaires des ouvriers en situation illégale, très souvent traités inégalement en termes de salaire.

     

     

    Les inflexions de la politique extérieure des Etats-Unis

    Le dossier épineux de Guantanamo

                Guantanamo est une prison située dans une base militaire américaine à Cuba. Implantée dans une zone louée par les USA (bail emphytéotique), elle accueille environ 160 prisonniers, anciens membres d’organisations terroristes. On peut distinguer plusieurs raisons de leur détention dans cette prison, pouvant s’entrecroiser :

    - aucun pays n’a voulu les accueillir

    - un pays souhaite en accueillir certains pour les juger et souvent pour les exécuter

    - les informations révélées par les prisonniers sous la torture ne sont pas légalement recevables.

    Guantanamo étant située dans une base militaire, elle est sous la juridiction des tribunaux militaires américains. Il est impossible de juger ces individus devant un tribunal civil en l’absence de preuves obtenues légalement, car cela reviendrait à révéler des secrets d’Etat ou à compromettre certains services de renseignement.

    Par ailleurs, le Congrès a refusé à plusieurs reprises de voter les crédits nécessaires à la construction d’une prison de haute sécurité sur le territoire américain dans le but d’accueillir les prisonniers de Guantanamo, malgré la demande d’Obama qui souhaite que des procès soient conduits par des cours civiles. Obama est en fait juridiquement dans l’impasse. Les prisonniers de Guantanamo ne peuvent pas être transférés sur le sol américain en raison de l’absence de prisons spécialisées et de, et seraient, si c’était le cas, sûrement relâchés au vu de l’inexistence de preuves légales. Enfin, on peut se demander si le Congrès n’a pas dans cette affaire un intérêt caché, en maintenant les prisonniers sur un territoire considéré par les américains comme cubain, où les droits juridiques sont bien moindres. Les juristes internationaux sont aujourd’hui dans l’incapacité de définir le statut de ces prisonniers qui apparaissent comme de véritables Objets Juridiques Non-Identifiés.

     

    La politique extérieure et le cas particulier de l’Amérique Latine 

                Le récent accord sur le nucléaire iranien est absolument historique, lorsque l’on sait que le dernier accord entre l’Iran et les USA date de 1979. Cet accord, associé au projet de retrait complet des militaires américains en Afghanistan en 2014, marque en quelque sorte la fin de l’unilatéralisme rigide des USA, qui se désengagent progressivement du Moyen-Orient. Cependant, cette inflexion de la politique extérieure américaine n’induit pas un réalignement sur les problématiques de l’Amérique Latine. Deux dossiers majeurs mériteraient pourtant que les USA usent de leur capital politique :

    -Cuba et la question de l’embargo. Faut-il lever ou non ? Le gouvernement américain semble à priori axée sur une réponse négative, considérant l’embargo comme un facteur de stabilité politique. De plus, lever l’embargo serait une reconnaissance explicite de l’inefficacité de cette arme pour faire tomber le gouvernement cubain actuel. A la fois, les USA espèrent, et ce depuis sa mise en place en 1962, que l’embargo va faire imploser le régime cubain et à la fois ils constatent avec plaisir qu’il est un facteur de stabilité politique, et donc n’est plus réellement un problème. Pourtant, le régime de Cuba utilise cet embargo comme ciment politique : il mobilise la population autour d’une politique anti-américaine et anti-impérialiste.

    -Le Mexique et l’ALENA. Le Mexique représente 1 000 milliards de $ dans le cadre des échanges de l’ALENA (USA, Mexique, Canada). La transition économique vers la co-production (maquiladoras notamment) qui est en cours entre les USA et le Mexique est toutefois retardée par l’impossibilité du Mexique de stabiliser sa société civile. En effet, les cartels sévissent dans le pays et font chaque année quelque 11 000 morts. Les USA auraient ainsi intérêt à adopter une politique d’aide économique massive (crise) ainsi que d’aides pour la lutte contre les cartels, mais ils n’en ont ni les moyens ni la volonté politique. Cela pourrait passer notamment par l’intensification de la lutte contre le trafic de stupéfiants  en provenance d’Amérique Latine et particulièrement du Mexique.

                En outre, la politique extérieure américaine se désengage peu-à-peu du Moyen-Orient et adopte la stratégie du Light Footprint suite à l’engagement en Afghanistan en 2001 qui constitue la guerre la plus longue menée par les USA (suivie par l’engagement en Irak). Cette stratégie consiste à refuser ou éviter l’engagement militaire massif et au recours à des techniques plus « subtiles » telles que les drones, la cyber-guerre et les forces spéciales. Parallèlement, depuis une quinzaine d’années, les pays asiatiques se sont tant développés et ont pris une place si importante dans le commerce et la stratégie mondiale que la politique extérieure américaine s’est repositionnée en fonction de ce nouveau pivot (Asia rebalancing). Par ailleurs, les analystes prévoient l’indépendance énergétique des USA d’ici 2 à 3 ans, et même la capacité d’exporter des hydrocarbures à l’étranger. Ce point est essentiel pour expliquer le désengagement des USA du Moyen-Orient, et mériterait d’être plus amplement approfondi.

     

     

    CONCLUSION

    Tandis qu’en matière de politique extérieure, le Président américain semble tout-puissant, à l’intérieur du pays il n’arrive pas à concilier la problématique de l’immigration et de l’Etat-providence avec le National Security State, remplacé en 2001 par le Patriot Act. L’immobilisme états-unien en ce qui concerne les questions relatives à l’Amérique Latine s’explique par la focalisation alternée des USA sur l’Europe, l’Asie, ou le Moyen-Orient, suivant le cours des événements, ce qui relègue continuellement l’Amérique du Sud au second plan de ses préoccupations.

     

    T. Blanc

    Article indépendant. Reproduction interdite

    Questions d'Orient - Le 18 décembre 2013


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  • Boko Haram:

    Une secte islamiste au parcours mouvementé et indécis

    Abubakar Shekau, le chef présumé de Boko Haram.

     

    Les nouvelles sont fraîches concernant le groupuscule islamiste Boko Haram. Vendredi 15 novembre, le groupe a reconnu avoir enlevé le père Vandenbeusch à l'extrême nord du Cameroun, dans la nuit de mercredi à jeudi, lors d'une opération commune avec le groupe islamiste mieux connu Ansaru.

    Ce rapt intervient quelques mois après l'enlèvement en février 2013, de sept français.

    Mais qui est ce groupuscule assez peu connu, qui venait, mercredi, d'être placé par Washington sur la liste des organisations terroristes? A-t-il eu des liaisons avec AQMI comme le prétendent les Etats-Unis?

    Cette organisation qui a causé la mort de 3600 personnes au Nigeria lors de diverses attaques durant l'année 2009, n'a pas toujours été portée vers le rapt d'occidentaux.

    La secte a été créée très probablement en 2002. Tout se passe dans la mosquée de Maiduguni, la capitale de l'Etat fédéral de Borno. Cette mosquée accueille de plus en plus de fidèles qui viennent assister au prêche de Mohamed Yusuf. Et ses paroles ne sont pas anodines. Ce dernier critique la décadence morale de la société nigérianne et prêche pour l'application plus stricte de la charia, la loi islamique dictée par le Coran.

    C'est de cette manière que la secte s'est créée et Mohamed Yusuf est rapidement vu comme le leader spirituel. Il sera d'ailleurs arrêté plusieurs fois mais faute de preuve, il sera relâché.

    Mohamed Yusuf

     

    De 2002 à 2009, la nouvelle secte prônant une idéologie islamiste salafiste veut restaurer la pureté de l'Islam. Mais jusqu'à ce moment, ses actions sont restées cantonnées à des petites attaques sans grande importance.

    En juillet 2009, les relations avec les autorités locales se dégradent suite à une série d'arrestations de membres de Boko Haram pour...un refus de port de casque. Lors de ces arrestations, plusieurs membres de la secte périssent. C'est l'élément déclencheur d'actions de plus grandes envergures.

    Le groupe lance alors une série d'attaques que le président du Nigeria, Benjamin Goodluck va mettre à mal avec le soutient de l'armée après cinq jours de combat au cours desquels 700 personnes sont tuées dont au moins 300 de la secte. Les quartiers de Boko Haram sont détruits et Yusuf est abattu. Selon les forces de l'ordre, après son arrestation il aurait tenté de fuir et il aurait été tué. Selon les membres de Boko Haram, il aurait simplement été exécuté. Il était alors marié à 4 femmes et père de 12 enfants.

    Malgré la mort de leur leader, les membres du groupe se réorganisent dès 2010. Les membres quittent le nord du Nigeria et se lient autour de Abubakar Shekau. Cette réorganisation s'accompagne d'une radicalisation. Les attaques augmentent et leur étendue avec : la secte ne se contente plus d'attaquer les forces de l'ordre mais elle s'en prend aux politiques et aux religieux (chrétiens comme musulmans).

    L'année de 2011 est un nouveau tournant stratégique. Jusqu'à là, les attaques étaient restées cantonnées dans les territoires leur servant de bastion c'est-à-dire le nord-est du pays. Mais le 26 août 2011, un attentat suicide frappe Abuja, la capitale fédérale du centre. L'attentat visait le siège de l'ONU, un commissariat de police et les bureaux d'un quotidien. De plus en plus, le groupe vise aussi des églises à des moments importants: fêtes, dimanches...

    En 2012, le groupe se dissocie d'Ansaru, mouvement djihâdiste voulant suivre une stratégie plus internationale notamment en spécialisant dans le rapt d'occidentaux. C'est ainsi que le groupe réalise l'enlèvement de l'ingénieur Francis Collomp, le 12 décembre 2012. Aujourd'hui même (17/11/2013) l'otage serait libre après s'être échappé lors d'un échange de tir entre le groupe terroriste et l'armée du Nigeria.

    Pourtant le 19 février 2013, Boko Haram revendique l'enlèvement de la famille Moulin-Fournier au Cameroun. C'est la première fois que la secte islamiste réalise un enlèvement. Après deux mois de captivité, la famille sera relâchée.

    La secte apparaît alors comme fractionnée en de multiples branches opérant en semi-autonomie. D'après certains diplomates français, les membres de Boko Haram auraient aussi des liens avec AQMI. Al-Qaïda au Maghreb Islamique aurait entrainé des membres djihâdistes de Boko Haram alors que ces derniers étaient à Kidal au Mali.,

    Le 16 mai 2013, le président Benjamin Goodluck annonce une opération militaire de grande envergure lancée contre le groupe suite à ses multiples attaques. L'état d'urgence est décrété dans trois Etats fédéraux: Borno, Yobe et Adamawe.

    Suite à cette attaque, les islamistes ont été chassés en grande majorité des villes. Mais (et comme souvent avec les groupes djihâdistes) cela n'a pas marqué la fin des actions de guerre de la secte. De plus, les trois Etats placés en état d'urgence ont des frontières communes avec le Cameroun, le Niger et le Tchad. Les frontières étant poreuses, 10 000 nigérians ont fui les combats au Cameroun, dont un certain nombre de membres terroristes.

     

    Dans un climat de grande tension, cette secte se révèle pleinement suite à ses actions violentes et aux rapts multiples. Inspirée des méthodes d'AQMI, il s'avère justement que la secte Boko Haram a eu plus de liens avec la branche d'al-Qaïda au Maghreb que l'on ne pourrait le croire...

     

    Questions d'Orient Le 17/11/2013


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  • Mali

    Meurtre de Ghislaine Dupont et Claude Verlon à Kidal: la panne de la voiture puis la mort

     

     

    Un nom ressort (enfin) et il est aujourd'hui mis officiellement en cause par la justice française. C'est le nom de Baye ag-Bakabo que certaines sources locales mettaient déjà en cause avant. Tandis que la traque des assassins se poursuit, ce proche d'AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamisque) aussi en lien avec le MNLA est le suspect numéro 1 a annoncé le procureur de la République de Paris, François Molins.

    Bien connu à Kidal la ville de l'enlèvement, ce touareg rattaché à AQMI par katiba Al-Ansar d'Abdelkrim Al-Targui est présenté par certaines sources locales comme trafiquant de stupéfiant et par d'autres comme trafiquant de voitures, ce qui en soit n'est pas incompatible.

    Maintenant reste à savoir si Baye ag-Bakabo faisait parti de ce commando de 4 hommes qui a surgit devant la domicile d'Ambeiry ag-Rhissa, haut dignitaire du MNLA chez qui les journalistes avaient été accueillis. C'est en tout cas l'hypothèse qui semble convaincre les 7 policiers dépêchés sur place par le parquet anti-terroriste.

    En raison de la vaine traque des assassins pour le moment, le pick-up utilisé pour l'enlèvement fait l'objet d'attentions toutes particulières...or c'est bien ce suspect numéro 1 qui a été vu au volant la veille achetant 140 litres d'essence. On a retrouvé dans le véhicule, une autorisation de circuler délivrer par le haut-commissariat de la région au nom de Baye ag-Bakabo et des numéros de téléphone. En ce qui concerne la localisation géographique, ce pick-up se situerait à 12 kilomètres environ de la ville, sur la route de Tin-Essako, abandonné pour avaries mécaniques.

    C'est cette panne qui aurait condamnée la vie des deux journalistes. "Une fois redémarré, le véhicule ne pouvait pas rouler plus de 800 mètres en raison de la surchauffe du bloc-moteur" a déclaré le magistrat. Maintenant, est-ce que les deux journalistes ont voulu profiter de l'avarie pour fuir et ont été alors tués ou bien le groupe a-t-il décidé de purement et simplement se débarasser d'eux, devenus charges encombrantes pour des fuyards? La question est toujours en suspens.

    Un autre point émerge de cet enlèvement: l'amateurisme des belligérants saute aux yeux. Se basant sur leur expérience de prise d'otage, plusieurs sources ont considéré que la situation dramatique qu'a pris la prise d'otage est une preuve flagrante de cet amateurisme: "La revendication de l'assassinat par la katiba d'Abdelkrim Al-Targui m'apparaît comme de la pure récupération pour donner un contour politique à un enlèvement qui a mal tourné », avance une de ces sources. « La région pullule de sous-traitants d'AQMI et le tapage autour de la rançon versée pour les quatre ex-otages français a dû attiser les convoitises. Ils ont vu deux Français et se sont dit : pourquoi pas nous ?". Tout cela reste hypothèse mais les liens sont malgré tout frappants.

    Dernière raison possible de l'enlèvement ,comme je l'avais esquissé dans un article précedent: entre mai et juin Baye ag-Bakabo avait fait défection de la katiba d'AQMI, profitant la confusion (encerclement de cette katiba par l'armée française) pour rafler des fonds. Il semblerait alors qu'il aurait souhaité se racheter auprès Abdelkrim al-Targui, leader de la katiba.

    Un avenir proche nous dira enseignera sûrement plus de détails sur cette sombre affaire. Nos pensées vont évidemment aux familles des deux journalistes. Une marche a été organisé à Kidal par la population portant une banderole avec les photos de nos deux journalistes. On pouvait y lire: Merci du Mali.

     

    Questions d'Orient/ Le 14/11/2013


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  • Mali

    Journalistes exécutés: des revendications, une enquête

    Deux journalistes français ont été enlevés le 2 novembre à Kidal près du massif des Ifoghas au Mali. Le soir même, leurs coprs étaient retrouvés criblés de balles à une dizaine de kilomètres. 

    Les accusations avaient été portées sur le MNLA (Mouvement National de Libération de l'Azawad) qui est un mouvement touareg. La confusion était alors totale et on remarquait que la régulière prise sentimentale et passionnée des politiques français faisait encore son effet, quelques jours après la libération des quatre otages du Mali. 

    Aujourd'hui, les choses s'éclairent. Le propriétaire du 4x4 qui a servi à l'enlèvement puis au transport hors de la ville a été retrouvé et son propriétaire identifié. Il s'agit de Bayes Ag Bakabo, un Touareg qui est fortement soupçonné d'avoir planifié l'enlèvement. Une source de sécurité malienne a mentionné l'éventualité d'une action pour servir AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique), organisation qui, après son éviction du pays par l'opération Serval retrouve une importance poussant l'armée française à coordonner de nouvelles opérations de sécurisation du nord du Mali. 

    Bakabo serait soupçonné d'entretenir des liens avec la famille de Hama Lamine Sall, de nationalité mauritanienne et dont la mère est touareg. 

    Mais Bakabo serait aussi complice et de la même tribu que Ambery Ag Rhissa, un des responsables de la rébellion touareg du MNLA à Kidal. Or les deux journalistes venaient de l'interviewer et ils ont été enlevés sur le pas de sa porte et exécutés deux heures plus tard à une dizaine de kilomètre extra-muros de Kidal. 

    Selon la même source malienne, le MNLA avait un moyen de se recycler pour Bakabo après son engagement dans AQMI. Et selon Europe 1, jeudi, l'homme souhaitait se racheter auprès d'AQMI à qui il aurait volé de l'argent lors de l'échec de l'organisation devant la poussé française dans l'Adrar des Ifoghas. Des contacts à Kidal l'aurait prévenu de la présence des journalistes...le tour était joué.

     

    La nouveauté est actuellement d'admettre que leur capture n'aurait jamais du se transformer en exécution. En réalité, le 4x4 serait tombé en panne faisant trembler les rebelles se sachant traquer par l'armée française. Ils auraient alors pris la décision d'exécuter les deux français froidement. 

    En effet, Bakabo aurait enlevé les journalistes pour les remettre à la Katiba, une unité de combattants d'AQMI dirigée par Abdelkrim Tragui, ancien lieutenant touareg d'Abou Zeid, chef d'AQMI tué en début d'année lors de l'offensive française et tchadienne. 

    Ces informations auraient été confirmées par Europe 1: Bakabo après avoir promi à son chef l'enlèvement pour se racheter l'a rappelé, l'informant de la panne. "Tuez-les" aurait simplement répondu le chef islamiste. 

     

    Laurent Fabius, ministre français des Affaires Etrangères a estimé l'hypothèse de la panne probable. 

    Mercredi, malgré la confusion, la chaine d'information mauritanienne Sahara Medias, aurait reçu une revendication formelle d'AQMI. 

    Toujours est-il que les alliances, systèmes tribaux caractéristiques de la civilisation islamiste semblent mettre en jeu non seulement AQMI mais aussi des chefs touaregs. 

    Qui a eu quel rôle? Difficile encore de répondre à la question. 

     

    Questions d'Orient/ Le 8/11/2013


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