• Égypte: Ansâr Beït al-Maqdess, l'inconnue X qui fait trembler le pays

    Égypte:

    Ansâr Beït al-Maqdess, l'inconnue X qui fait trembler l'Égypte

     

    Parce que le groupe est inconnu, parce qu'on ne sait guère d'où viennent ses soutiens et parce qu'ils commencent à faire trembler les hauts sphères d'une société égyptienne fragile et en recomposition, le groupe djihadiste Ansâr Beït al-Maqdess fait douter. Pour les spécialistes, le groupe présente des similarités avec Al-Qaïda sans pour autant qu'il y ait de preuves. Pour le nouveau gouvernement du maréchal Sissi, ce groupe est indiscutablement géré par les Frères Musulmans, son ennemi favori dont il a évincé un membre référent, le président Morsi en juillet 2013.

    En moins de deux semaines, le groupe al-Maqdess a proclamé avoir orchestré un attentat à la voiture piégée en plein centre du Caire contre le QG des forces de police, a prétendu que ce sont bien ses membres qui ont assassiné un Général de police entre pleine journée au beau milieu de la capitale égyptienne. Enfin, ce serait aussi le groupe djihadiste qui serait parvenu à abattre un hélicoptère de l'armée tuant ses cinq passagers, il y a deux semaines. Autant dire que pour un groupe "naissant", ils n'y vont pas par quatre chemins. Actuellement, leur cible est connue: les forces de police et les hauts placés en représailles à la répression sanglante d'Abdel Fattah al-Sissi contre les Frères Musulmans depuis la chute de Mohamed Morsi. Le 5 septembre, le ministre de l'intérieur, Mohamed Ibrahim a frôlé la mort dans une attaque et peu après le groupe a prévenu les autorités: "la vengeance arrive".

    David Barnett, chercheur à la Foundation for Defense of Democracies, organisation américaine qualifie le groupe de fantômes et affirme clairement l'incapacité des autorités à se battre contre de l'air, d'autant que les structures sécuritaires du pays ne semblaient pas s'attendre à un "un tel niveau de sophistication qui dépasse les capacités prétendues par les observateurs". Si le maréchal égytpien règne d'une main de fer et semble avoir redressé le pays, Ansâr Beït al-Maqdess semble aujourd'hui détenir les clefs du succès pour ramener le pays à l'État d'insécurité de ces trois dernières années...voir bien pire !

    Bien qu'assimilés à la confrérie frériste aujourd'hui décapitée de ses leaders, le groupe paraît appliquer une stratégie et une idéologie se rapprochant d'al-Qaïda. Sa formation n'est à dater de 2013 puisque le groupe a diffusé son premier communiqué dès le départ de Moubarak en mars 2011. En revanche, après une période de stagnation, le groupe semble avoir rebondi sur l'arrivée au pouvoir de celui dont personne ne doute et celui que personne ne défi et a affiché un regain d'énergie explosif.

    L'association djihadiste semble néanmoins une grande inconnue...quelle composition? quels financements? Pour ce qui est des membres, il semblerait que la majorité des combattants islamiques soient venus des tribus du Sinaï, chef lieu du groupe et territoire d'où ils tirent régulièrement des roquettes sur territoire juif voisin. Pourtant, dans certaines vidéos diffusées par Ansâr Beït al-Maqdess, des images du chef d'al-Qaïda, l’Égyptien Ayman al-Zawahiri font leur apparition laissant penser des contacts réguliers.


    Matthieu Guidère, spécialiste français des mouvements jihadistes, l'attaque à la roquette revendiquée par le groupe samedi dernier contre la station balnéaire israélienne d'Eilat est une traduction précise de l'objectif originel du groupe: "Son objectif premier était d'attaquer Israël et d'empêcher la coopération entre l’Égypte et Israël, notamment en sabotant le gazoduc".  Un objectif qui semble évoluer aussi en fonction des conjonctures géopolitiques puisqu'au moment de l'éviction de Mohamed Morsi et suite à la répression contre les Frères Musulmans qui a suivit, Ansâr Beït al-Maqdess déclare l'armée égyptienne plus mécréante que celle d'Israël. Les attaques se recentrent donc sur le coeur du pays jugé déstructuré par un président mécréant. "A partir de là, Ansâr Beït al-Maqdess, qui affirmait combattre l’État hébreu, devient un groupe jihadiste dont l'action est concentrée contre les forces de sécurité en Égypte", ajoute M. Guidère.

    Selon M. Barnett, les dernières attaques traduisent "que le groupe dispose de combattants expérimentés". Ismaïl Alexandrani, chercheur basé dans le Sinaï rajoute un détail important sur leur origine pouvant expliquer leurs ardeurs au combat et la dévotion avec laquelle il mène ce dernier : "certains ont combattu en Afghanistan, en Syrie et en Bosnie avant de rejoindre le groupe". Il pourrait donc s'agir de moujahidin regorgeant d'expérience et saisissant le prétexte de la destitution de Morsi pour couper court à toute procédure diplomatique ou démocratique et pour affirmer un regain de violence permettant de s'affirmer comme nouveau pôle déstabilisateur de la région.

    Propagande ou non, les jeux diplomatiques sont bien rodés et le vice-ministre de l'Intérieur Chafiq Saïd a affirmé à l'AFP que les autorités avaient arrêté des membres d'Ansâr Beït al-Maqdess. Ces derniers auraient avoué "avoué appartenir aux Frères musulmans".

    "Le gouvernement est tellement engagé dans sa bataille contre les Frères musulmans qu'il semble avoir perdu de vue la vraie bataille qui se déroule sous ses yeux, car un groupe jihadiste capable de mener de telles attaques est un danger réel". Mot de la fin de M. Barnett...pertinent dans la situation de confusion que connait le pays actuellement malgré l'érection de Sissi comme chef ultime voulu par les Égyptiens.

     

    Questions d'Orient - Le 03 février 2014


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