• Émirats Arabes Unis: esclaves et dishdashas

    Émirat Arabes Unis:

    esclaves et dishdashas

     

    Je trouve approprié de commencer par une simple citation que l'on doit à la chercheuse Claire Beaugrand:"Les Émiratis qui ont besoin d’un employé font une demande de main d’œuvre auprès des autorités et se chargent des démarches administratives. Les conditions d’obtention du visa sont très strictes. Elles sont soumises aux règles de lakafala ou sponsorship, un système de régulation migratoire qui lie la présence d’un étranger sur le territoire à l’obtention d’un contrat de travail signé avec une entreprise, une administration ou un citoyen national".

    Une citation très intéressante pour permettre la compréhension de la suite de l'article sur les conditions de vie de ces esclaves au monde moderne.

    Dans une période de complication sur le plan international avec les crises politiques du Moyen-Orient (Syrie, Liban), et alors qu'on annonce la fin du pétrole pour bientôt, voilà Abu Dhabi qui se cherche une solution pour que son économie survive. En d'autres termes, la finalité est la diversification de l'économie. Il semblerait que l'Émirats aient trouvé mais aient trouvé une solution un petit peu contestable. Tout d'abord parce qu'elle ne peut se passer d'une main d'oeuvre étrangère venant des pays où les conditions de vie sont catastrophiques et espérant y trouver un salaire. Alors bien sûr, en venant travailler aux Émirats ces populations masculines exclusivement (bien entendu étant donné l'application rigoriste de la charia) découvre un régime proche de l'esclave et que les ONG mondiales commencent à trouver un petit peu dérangeant.

    C'est le nouvel esclavage de notre temps mais déguisé pour mieux passer mais surtout diluer avec des litres de pétrole ça...que faire?

    Les quelques citations de cet article ont été recueilli sur le site Orient XXI et les interviews ont donc été menées par les membres de ce site.

    La situation à Abu Dhabi est assez similaire à celle à Dubaï et à celle que l'on constate lorsque l'on ouvre un journal sur l'organisation de FIFA au Qatar ou aux vidéos qui circulent sur le web. On peut y voir des hommes dans les rues. Les rues sont exclusivement occupées par des populations masculines donc rien d'étonnant mais il y a deux types d'hommes...il y a ceux qui en sortant de la mosquée remettent leurs lunettes de soleil et qui portent un dishdashas au blanc qui pique les yeux ou le ghoutra parfaitement posé sur les cheveux. Et puis il y a ceux qui jouent à parader devant les murs de l'enceinte sacrée pendant que leurs compères appuis sur un petit bouton pour immortaliser ce moment. Ce sont donc des rues à la population dualiste...aucun entre-deux.

    Ces hommes à l'extérieur d'une société qui les appelle lorsqu'elle en a besoin, ils sont pakistanais, bangladais, népalais. Ils sont partout dans les villes mais sans y être vraiment... Ils ne se montrent pas, quel intérêt ? Qui pourrait bien s'arrêter pour leur prêter attention? L'absence total d'entre-deux entre cette population de la ville la plus riche des Émirats et ces hommes considérés comme un cheptel de main d'oeuvre créer un vide: un vide qui pourrait être comblé par des institutions, des organismes de protection, de couverture, des gens pour leur prêter un peu d'attention.

    Et ce qui reste le plus surprenant là-dedans c'est encore de savoir que cette frange de la population qui représente à elle seule 88;5% d'une population émiratie de 2 millions 210 000 habitants est la seule et unique "responsable" de l'essor et de la réussite que connaissent des villes des EAU.

    Mais alors où vivent-ils? On imagine mal la haute aristocratie pétrolière se mélangeant dans les beaux quartiers à ces hommes en dehors de tout. Et bien entendu ce n'est pas le cas. A Abu Dhabi, ces populations immigrées de travailleurs masculins s'entassent dans la banlieue de Mussafah c'est-à-dire à une vingtaine de minute de la mosquée si convoitée dans le centre. Ces quartiers ont aussi irrité les ONG mais c'est surtout pour le décalage surréaliste entre les ressources monstrueuses possédées par moins de 15% de la population et qui donnent lieu aux constructions des centres villes que l'on connait si bien pour leur décalage dans le domaine du pensable, et les conditions de vie de mènent le reste de cette population. Ce n'est pas vraiment comme si le pays n'avait pas les moyens... Comme le rappelle Hussein, ce chauffeur de taxi dont les traits sont tirés et qui se dit usé de l'intérieur par la pression. Il a tout laissé au Pakistan dont sa femme et ses deux enfants qu'il  ne voit qu'une fois par mois. Mais comme il explique, le Pakistan ne propose aucun travail, l'instabilité est beaucoup trop forte et envisager une vie correcte c'était partir pour travailler quelques soient les conditions.

    "Tout est trop cher : les loyers, les transports pour aller travailler", "on veut deux ou trois mois de congés", "nous sommes dix par chambre et il y a soixante-douze chambres", "on fait tout, seuls et dans nos chambres : la cuisine, la lessive" . Voici quelques témoignages qui en disent long sur ce que ressentent ces hommes... Et pourtant... Un homme raconte que depuis 2002, il est dans le batiment et gagne 300 euros par mois. Et pourtant il semble résolu et ne veut pas se plaindre: "Au moins, je suis payé". D'autant qu'avec le rapport des monnaies, celui-ci est assez avantagé: "Et un dirham vaut trente roupies ! C’est beaucoup pour ma famille au Népal !". D'autant que selon d'autres dont je retranscris les témoignages via l'Orient XXI, les arrestations et les contrôles de police sont fréquents et débouchent sur des amendes allant jusqu'à...1000 euros. "Nous sommes des immigrés légaux mais nous occupions un emploi illégal", raconte un des hommes interrogé. Il raconte que les autorités ont arrêté près de 5 000 de ces travailleurs, poumon économique et possible solution à la sortie de l'économie pétrolière. Les ONG semblent se mobiliser de plus en plus sur ces questions d'arrestations massives, d'expulsions ou de disparitions dans les geôles.

    L'Orient XXI qui a interrogé un ancien diplomate d'une soixante d'année et sous couvert d'anonymat a obtenu des réponses qui ne sont pas réellement surprenantes de la part d'un homme issu de la classe dirigeante. L'homme n'a pas hésité à dire que cette présence d'étrangers "est le sujet le plus préoccupant" mobilisant des arguments de menace de l'identité nationale. Je dis non suprenante comme position car c'est la position que l'on retrouve généralement dans les hautes sphères de la société imprégnées d'un racisme et d'un nationalisme quelque peu étrange et irrationnel lorsqu'on sait le rôle de ces 88.5% de la population.

    La question est: expulsions massives ou non ? Les Émirats vont-ils répondre à cette "menace" comme son voisin wahhabite? "Ils n’ont même pas autant d’étrangers" rétorque le diplomate. Mais les Émiratis entretiennent-ils des relations avec leurs clients soumis? "Aucune", et cela est peut-être dû à un statut d'infériorité préexistant lors même de l'entrée sur le territoire avec ce système de clientélisme qui indique dès le départ le dominant et le dominé. Malgré les appels d'offre dans les pays où la main d'oeuvre reste très "cheap" pour des hommes qui voient se rattachement comme nécessaire mais d'un très mauvais oeil, les habitants émiratis sont encouragés à épouser des Émiraties et à avoir "beaucoup d’enfants" pour inverser le rapport de force démographique.

    Il y a du travail ou des mesures strictes à prendre et qui vont faire jaser...

     


    Questions d'Orient - Le 30 janvier 2014


    Tags Tags : , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :