• État Palestinien: la construction ; d\\'un fait historique à la résistance armée (2/4)

    État Palestinien:

    la construction ; d'un fait historique à la résistance armée

     

    Arabes israéliens, communautés et discriminations (2/4)

     

    Si, dans les représentations géopolitiques que nous pouvons en avoir, un possible État palestinien doit passer par un territoire et nous en avons vu les enjeux la semaine dernière, il doit aussi passer par une identité, un nationalisme palestinien répercuté dans le voisinage direct du territoire du même nom.

    L'enjeu d'aujourd'hui sera de s'interroger sur le rôle, la fonction, le statut aussi des Arabes israéliens; ces Arabes qui ont choisi de rester sur la terre devenue officiellement Israël en 1948.

    Lors de la proclamation de l'indépendance et donc de l'existence du pays hébreu en 1948, les Arabes locaux ont deux choix: partir ou rester. C'est assez simple, il faut le reconnaître. 750 000 choisiront de partir de leurs foyers respectifs pour immigrer vers la bande de Gaza, vers les pays voisins ou vers la Cisjordanie. Le reste, c'est-à-dire 156 000 Arabes restent en Israël.

    Aujourd'hui qu'en est-il ? Ils seraient pas moins de 1,4 millions actuellement en Israël représentant 20% de la population. Il s'agit donc d'une minorité certes mais d'une minorité majoritaire parmi les minorités car 20% d'une population est un chiffre qui est significatif, assez du moins pour qu'ils ne passent pas au travers de l'échiquier politique israélien comme des fantômes et assez pour qu'ils réussissent à faire vivre le nationalisme arabe et palestinien en Israël.

     

    Qui sont-ils ?

    Qui sont-ils qui ? Les Arabes palestiniens bien sûr car au-delà de la dénomination d'Arabe, cette masse de population comprend différentes ethnies confessionnelles.

    Parmi les 1,4 millions actuels, il y a une forte majorité de musulmans: 84%. Deux autres minorités sont présentes: les chrétiens et les druzes toutes deux rassemblant 8% des populations restantes. Il faut bien prendre en compte cette prégnance de l'Islam au sein des populations arabes pour prendre compte par la suite des revendications plus ou moins fortes de chacun.

    La majorité de ces populations se considèrent pleinement comme Palestiniens citoyens d'Israël. Ces Arabes d'Israël sont citoyens donc égaux en droit et soumis à la même loi que leurs voisins juifs, loi datant de la création de l'État hébreu en 1948.

    Mais pourtant ce n'est pas le cas et les différences de traitement sont très creusées en fonction des communautés. Prenons avant tout conscience de ce que l'on appelle communautés en Israël. Trois communautés sont reconnues par l'état civil: les Juifs, les Arabes et les Druzes.

    Tout le monde connaît les deux premières en revanche la troisième sonne comme une inconnue. Les Druzes sont une branche ismaïlienne du courant chiite de la religion musulmane. Les populations druzes sont présentes en Israël mais aussi beaucoup au Liban et en territoire syrien. Alors, nous pourrions nous dire qu'ils devraient être inclus parmi la communauté arabe. Mais non car les populations druzes cultivent un sens particulier du nationalisme et de la reconnaissance de l'État qui accueille. En effet, ils font preuve d'une fidélité, d'un dévouement et d'une loyauté inconditionnels pour le pays hébergeur. Et cette fidélité a porté ses fruits avec Israël puisqu'en 1961, les Druzes gagnent une nationalité différente de celle des Arabes. En 1956, a été signé un pacte affirmant ces liens entre les deux peuples. C'est aussi de cette manière que bon nombre de Druzes atteignent des hauts postes au sein d'institutions prestigieuses d'Israël comme notamment celui d'officier dans l'armée. Ce statut que nous qualifierons de préférentiel leur assure aussi un certain nombre d'avantages en terme d'éducation puisque les Druzes disposent de leur propre programme scolaire.

    C'est un statut qui peut d'ailleurs être mis sans gêne en parallèle avec celui des Juifs qui bénéficient eux aussi de droits exclusifs notamment à la loi du retour: tout juif dans le monde peut venir élir domicile en Israël et recevra la nationalité israélienne.

    C'est donc cette citoyenneté tout sauf linéaire et largement adapté en fonction des cas qui semble se traduire par un certain nombre de problèmes récurrents surtout pour les populations arabes subissant des discriminations.

    En 2010, un rapport de l'UE qui avait été rédigé par quelques ambassadeurs de pays membres avaient pointé du doigt ces ségrégations et ces décalages sociaux exacerbant le fossé entre les communautés. Selon le rapport, 50% des Arabes d'Israël vivraient sous le seuil de pauvreté et seuls 3 des 20% d'arabes possèderaient une terre. C'est incontestable, les Arabes d'Israël non pas les mêmes droits; ils sont des citoyens de seconde zone.

    Toutefois, si nous présentons ici ce processus de relégation comme très fort actuellement il faut préciser qu'il n'est pas récent et que la condition des Arabes s'est même améliorée. Entre 1948 et 1966, les Arabes d'Israël vivaient sous le giron d'une administration militaire et n'avaient d'autres droits que celui de voter, droit assez secondaire il faut le reconnaître lorsque l'on a d'autre choix que de voter pour un parti pour lesquel on ne se sent pas concerncé.

    Une évolution, une stabilité puis un recul c'est certain depuis l'arrivée au pouvoir d'une alliance représentant la droite nationaliste et concrétisée par le duo Lieberman/Netanyahy. Dès lors, la situation économique des Arabes d'Israël a décliné et la moyenne du chômage a surpassé la moyenne nationale pour arriver à 11% chez les hommes pour 18% chez les femmes en parallèle avec une moyenne nationale de 6%. Les Arabes sont donc très peu intégrés économiquement parlant et le secteur arabe ne compte que pour 8% dans le PIB national. Une intégration très délicate et rendue très délicate par la montée d'une méfiance de la communauté hébreue vis-à-vis des Arabes.

     

    Et le nationalisme arabe politique ?

    Si ces populations sont largement marginalisées de la société, qu'en est-il en politique ? La réponse pourrait aller de soi...difficile d'être présent en politique et au ban de la société. Mais il y a bien eu processus d'intégration politique, un processus long, pas linéaire mais concret.

    Jusqu'aux années 1980, les Arabes sont restés loin du champ de la vie politique et beaucoup se dirigeaient vers des partis de consensus sioniste tel que le Parti National Religieux ou le Parti Travailliste.

    Pour Laurence Louer, chercheur au Centre d’Études et de recherches internationales (CERI),"il ne faut pas voir dans ce comportement politique des affinités idéologiques mais l’effet de réseaux de clientèle très efficaces". Nous l'avons dit, les Arabes avaient eu rapidement le droit de vote et il est vrai qu'il ne faut guère chercher dans les votes d'autres logiques que celles d'un vote stratégique. Les Arabes ont eu intérêt très rapidement à viser les ministères essentiels pour leur "survie" et pour une possible reconnaissance et représentation de leurs intérêts vitaux à savoir l'éducation et la justice.

    En terme d'éducation, très peu d'étudiants avaient accès aux enseignements supérieurs comme l'université en raison notamment la barrière langagière: beaucoup d'universités sont hébraïques représentant une barrière pour des étudiants de langue arabe maternelle.

    La communauté arabe revendique de la même manière une répartition équitable des budgets destinés aux cultes.

    L'année 1980 est un tournant pour les représentations des intérêts des Arabes israéliens dans l'échiquier des nationalismes. Non seulement car les populations arabes d'Israël vont commencer à s'introduire comme jamais dans le jeu  politique du pays à travers des partis variés mais aussi car les revendications palestiniennes prennent un tout visage avec l'apparition du Fatah (Parti de la Libération) par Yasser Arafat au Koweït en 1959. Les mutations sont donc bien intérieures et extérieures et les liens entre les deux ne peut être négligé.

    En Israël, de nouveaux mouvements regroupent des Juifs et des Arabes. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, leurs membres ne nient pas Israël mais demandent un territoire palestinien officiel dans ses frontières de 1967 ainsi que l'égalité entre Juifs et Arabes sans laquelle la vie pour les populations arabes est rendue à la limite de l'impossible en Israël. 

    La particularité de ces nouveaux mouvements naissants est qu'ils vont parvenir à faire partie intégrante pendant des nombreuses années de la scène politique en négociant et collaborant implicitement via le jeu des élections avec des partis gouvernementaux comme le parti travailliste. Le front démocratique pour la paix et l'égalité créé en 1977 de la fusion entre le Parti Communiste israélien et les mouvements d'étudiants va réussir ainsi à s'immiscer dans le jeu politique. Jusqu'en 1984 il va même être l'unique parti nationalisme arabe présent dans la Knesset.

    En marge de ces mouvements ne négligeons pas la mouvance islamiste bien présente. Elle est parvenue assez habilement à se tailler une place politique via des réseaux associatifs comme l'association d'al-Aqsa, la mosquée de Jérusalem.

    Globalement, ces mouvements émergents ont connu un succès car ils ont été perçus par les Arabes palestiniens comme un moyen de se fédérer par le bas dans l'identité palestinienne anéantie en Israël.

    Pour ce mouvement politique et populaire on parle de "palestinisation du vote arabe" sachant que la plupart des électeurs arabes ont voté pour ces nouveaux partis ces dernières années. Ainsi on passe de 78% d'électeurs arabes ayant choisi ces partis aux législatives de 2003 à plus de 83% à celles de 2009. L'augmentation est significative et traduit la prégnance de ces partis au sein de la société israélienne, pas si imperméable que ça.

    Mais si ces mouvements ont pu être une réussite dans la réappropriation de l'identité palestinienne, ils ont aussi été source d'une nouvelle méfiance de la société israélite vis-à-vis de la population arabe tant au niveau des forces gouvernementales qu’au sein même de la société israélienne. Ils vont devenir les ennemis de l'intérieur et ce fossé va se creuser avec le déclin du parti travailliste et l'affirmation de la droite nationaliste à travers les partis du Likoud (Bloc national des libertés) né en 1974 et le parti Kadima (En avant) né sur initiative d'Ariel Sharon en 2005.

    Cette méfiance n'a pas été sans causes directes et profondes pour ces partis. Les principales forces politiques arabes comme le Parti démocratique arabe, le Mouvement islamiste ou le Mouvement arabe pour le changement sont marginalisés et ont perdu à peu près tout leur poids gagné dans la bataille politique en Israël. Pour autant de nombreuses associations ont  pu prendre le relais. C’est par exemple le cas du Centre juridique de la défense de la minorité arabe en Israël (Adalah) qui demande l’application effective en Israël du principe de non-discrimination entre les citoyens.

    .Pour autant, même si les Palestiniens d’Israël souhaitent une reconnaissance de leur appartenance à la nation palestinienne, ils ne souhaitent pas dans leur grande majorité changer de citoyenneté si un État palestinien voyait le jour. Alors comment expliquer un tel positionnement ?

    C'est aussi parce que ce statut d'Arabe d'Israël, le statut de citoyen secondaire "limite la casse". C'est un moindre mal face à une Autorité palestinienne qu’ils voient comme fragile, corrompue, poreuse et qu’ils pensent peu encline à améliorer leurs conditions de vie.

    Mais da droite nationaliste israélienne n’est pas tout à fait du même avis. Selon Avigdor Lieberman, chef de file de l’extrême droite israélienne, si un État palestinien voyait le jour, les Arabes israéliens auraient vocation (pour ne pas dire devraient) à être transférés dans ce nouvel État afin de garantir au mieux le caractère purement juif de l’État hébreu. Bien sur ce type de position interroge sur l’avenir du statut "Arabe" pour ces populations vivant en Israël. Pour Laurence Louer, "la véritable crainte pour Israël, c’est de voir apparaître, comme le prévoyait le plan de partage de 1947, un État palestinien, donc arabe, à côté d’un État juif qui ne le sera pas vraiment, puisque la population israélienne ne sera pas homogène".

     

    Questions d'Orient - Le 14 avril 2014


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