• Hamas / Syrie: jeux de pouvoir et alliances géopolitiques

    Hamas / Syrie:

    jeux de pouvoir et alliances géopolitiques

     

    Dans un Moyen-Orient en feu avec les crises diplomatiques qui secouent des régions sensibles, la crise syrienne va-t-elle influencer les relations entre les différents courants de résistance palestiniens et Damas ?

    La réponse évidente est oui. Une telle crise, une telle guerre civile ne peut guère ne pas laisser des séquelles sur des relations diplomatiques sur quand elles contraignent le camp palestinien à "choisir" qui soutenir. Des séquelles, il y a en aura mais des séquelles il y a déjà. Déjà car il faut prendre en compte les 525 000 réfugiés palestiniens de la guerre syrienne parmi lesquels 2000 ont déjà trouvé la mort. Et il faut aussi compter sur les systèmes d'alliance qui font justement de ce monde arabe un lieu stratégique hautement instable. La crise va incontestablement va rendre très compliqué le maintien de ce réseau d'accords qui arabes et régionales qui avaient pu être mis en place entre les deux partis.

    Il faut dire que la Syrie a toujours été la première en scène dans la question palestinienne et elle s'est notamment rapidement orientée vers le "front du refus" comme on le nomme, dont elle aurait même pris la tête. Ce "front" se caractérise par un refus catégorique des résultats possibles des l'accords de Camp David (1978) et d'Oslo entre l'OLP d'Arafat et Israël en 1993.

    Cette position de ferme résistance à l'État sioniste de la part de la famille Assad a conduit le régime de Damas à faire jouer son jeu d'alliance pour accueillir en son sein des factions palestiniennes de gauche notamment en opposition avec la politique d'ouverture et de négociation prônée par l'OLP. Citons notamment le mouvement du Front Populaire de Libération de la Palestine (FLPL).

    Mais Damas a surtout assuré l'asile au Mouvement de la résistance Islamique: le Hamas créé pour contrebalancer le Fatah d'Arafat. Cet accueil était d'ailleurs totalement en contradiction avec la ligne politique syrienne, pays se disant laïc et avec la ligne religieuse prônée par la famille Assad farouchement opposée aux Frères Musulmans dont le Hamas constitue une branche. N'oublions pas la fameuse répression dans le sang du soulèvement de Hama au début des années 1980 mené initialement par la bourgeoisie sunnite et les Frères Musulmans de la ville syrienne. Mais il semblerait que l'alliance géostratégique ait dépassé les conflits d'intérêts communautaires et que la Syrie ait vu dans ce rapprochement la possibilité d'élargir sa marge de manoeuvre régionales et internationale et une voie pour renforcer son emprise sur le monde arabe et le Moyen-Orient.

     

    Le soulèvement populaire de mars 2011, réprimé par les armées de Bachar al-Assad ont largement changé la donne d'un point de vue géopolitique et a considérablement modifié les alliances.

    Les factions palestiniennes ont eu un choix à faire. Autant les factions de gauche n'ont guère hésité et ont clairement pris de le parti de Bachar en pointant la révolution du doigt et en dénonçant un complot occidental et sioniste pour mettre à mal la seule puissance largement menaçante pour Israël autant le Hamas a complètement retourné sa veste en se rangeant du coté de la rébellion armée.

    C'était une décision risquée et osée pour un parti alors enfermé dans la bande de Gaza et qui, mettant ainsi à mal l'alliance avec Damas mettait aussi à mal l'alliance avec Téhéran, allié de toujours de la Syrie chiite. C'était non seulement tout le bloc chiite du Moyen-Orient qui tournait subitement le dos au mouvement anti-sioniste mais c'était aussi 23 millions de dollars par mois, somme apportée par Téheran, qui n'abreuvaient plus les caisses du Hamas.

    Pourquoi prendre un tel pari ? Car la conjoncture géopolitique de l'époque lui permettait d'espérer un retournement de situation. Les calculs stratégiques du Hamas étaient fondés sur un changement d'alliances régionales en faveur des puissances montantes à l'époque (2011) à savoir les Frères Musulmans et le Qatar, principal soutien de la confrérie dans le monde arabe. Traduction immédiate du choix politique, le Hamas a transféré en décembre 2011 son quartier général de la capitale syrienne à Doha.

    A ce moment là aussi, l'émirat qatari, petit poucet du Proche Orient misait aussi sur l'ascension fulgurante des Fréristes en Égypte qui étaient sur le point de remporter la majorité aux premières élections législatives post-Moubarak.

    Finalement, c'est dans une réflexion globale que s'est situé le Hamas, misant sur une victoire générale des partis islamistes à l'issu des "Printemps Arabes". On en voyait déjà des prémices encourageants en Tunisie avec Ennahdha ou en Égypte avec Mohamed Morsi. Le parti de la résistance espérait alors que la Syrie et la Libye puissent passer à un pouvoir religieux. Les forces islamistes auraient ainsi pu dominer et se réapproprier les résultats de révolution donnant ainsi un solide atout au Hamas face au Fatah et à l'Autorité Palestinien de Mahmoud Abbas.

    Visiblement, Abbas a choisi, plus judicieusement semble-t-il, une attitude plus neutre vis-à-vis du conflit syrien bénéficiant ainsi d'une marge de manoeuvre plus importante sur les territoires sous son contrôle.

    En réalité ce sont des rapports assez froids qui ont toujours liés Damas et Abbas pour la simple et bonne raison que Damas soutient l'opposition hostile aux politiques de négociations avec Israël menées par l'OLP. Le Fatah, de son coté a toujours nourri de forts doutes quant aux intentions futures de Damas qui aurait pu facilement vouloir faire main basse sur la question palestinienne.

    Dans tous les cas, le mouvement de Cisjordanie s'est abstenu de tout soutien à la révolte armée qui a gagné le territoire syrien par peur de réactions hostiles de Damas mais aussi et surtout des factions palestiniennes sous son giron dans un moment où le parti entamait un processus de négociations très complexes avec Israël en vu d'un accord.

     

    Mais finalement, le Hamas a mal joué et ses calculs n'ont pas abouti. En juillet 2013, Morsi et toute la confrérie sont renversée par l'armée et le général (aujourd'hui futur président) Abdel Fattah al-Sissi et le Qatar a connu un très fort recul de son influence dans le monde arabe dans des conflits internes avec les autres pays membres du CCG (Conseil de Coopéraiton du Golfe). Dans le même temps, le nouveau régime dans le pays de Pharaon a entamé une véritable chasse aux sorcières contre les fréristes en réprimant les manifestations, en sanctuarisant la justice pour se permettre de condamner 523 personnes à mort et en pratiquant les arrestations massives. De facto, le mouvement du Hamas se vite retrouvé dans le collimateur de Sissi et de l'institution militaire égyptienne pour ses relations amicales avec les Frères Musulmans et pour sa proximité inquiètante avec les nouveaux mouvements terroristes du Sinaï (notamment Ansâr Beït al-Maqdess), le mont étant en contact direct avec la frontière de Gaza. Cela a entraîné une vaste campagne militaire en Égypte qui a conduit à la fermeture et à la destruction de plus de 90% des tunnels de contrebande d'armes entre l'Égypte et Gaza provoquant une chute massive et dramatique des revenus pour le Hamas.

    Totalement isolé sur le plan diplomatique et financier (en crise actuellement) le Hamas n'a eu d'autre choix que de chercher à se rapprocher de Téhéran à la fin de l'année 2013. Cela s'est traduit par quelques rencontres notamment une à Téhéran. Mais ce fut un rapprochement qui a laissé des marques dans l'idéologie deu Hamas, contraint de faire preuve d'indulgence vis-à-vis des groupes islamistes palestiniens plus radicaux, soutenus par l’Iran, comme le Djihad islamique, dans la bande de Gaza. Or, ces groupes défient ouvertement l’autorité du Hamas et affichent leur ambition de partager le gâteau du pouvoir avec lui. De plus en plus incontrôlables et enhardis par l’ascension des groupes djihadistes dans le conflit syrien, ces islamistes radicaux, dont plusieurs combattent aujourd’hui aux côtés de "l’Etat islamique en Iraq et au Levant" (EIIL), qui s’inspire d’Al-Qaïda, pourraient poser à l’avenir un sérieux défi au pouvoir de ce mouvement.

     

    Questions d'Orient - Le 23 avril 2014


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