• Iran: nouveau...ou pas !

    Iran:

    nouveau...ou pas !

     

    La rencontre et la visite d'inspecteurs de l'AIEA en Iran aujourd'hui s'inscrit dans le carnet de mesures prises pour contrôler le nucléaire d'un pays qui renoue avec l'Occident. Mais il s'agit de renouer avec prudence et chaque visite est un nouveau palier franchi. 

    L'accord passé entre les P5+1 et le pays perse a été un pas immense mais il reste dorénavant à concrétiser le traité par des mesures directes. Néanmoins, notons que l'inspection d'aujourd'hui n'est pas à inscrire dans le cadre de cet accord mais d'une feuille de route établie en novembre. Ses objectifs restent les mêmes. Six étapes sont prévues et à respecter pour Téhéran qui semble se plier aux exigences depuis l'élection de Rohani à l'été 2013. Des questions plus délicates devraient aussi être aborder dans un second temps selon M. Amano, le chef de l'AIEA. Aucune précision n'a été fournie sur les objectifs à remplir mais le porte-parole de l'AIEA,  M. Kamalyandi a affirmé jeudi que la portée de la coopération future possible serait décidée en fonction de l'évaluation rendue par les experts de l'Agence sur les mesures théoriquement votées et leurs applications concrètes en Iran. 

    L'équipe de l'AIEA se serait donc arrêtée dans différents sites aujourd'hui dans le but de lever les doutes de l'Agence mondiale sur l'énergie atomique; puis des discussions ont été entamées, discussions menées et dirigées par l'ambassadeur auprès de l'AIEA, M. Najafi. 

    Un nouvel Iran donc? Il est clair qu'il y a encore quelques mois il était impensable que des inspecteur se rendent légalement et tranquillement sur des sites nucléaires iraniens. Tous ces gages donnés par l'Iran à la communauté internationale après huit années d'isolement et de mesures répressives économiquement et politiquement parlant. Mais selon les experts c'et aussi majoritairement par intérêt qu'agit le pays, dans un pragmatique parfait. En effet, il est difficilement pensable que Rohani change de politique du jour au lendemain. 

    Néanmoins ses efforts sont incontestablement présents et ce dernier en récolte les fruits au bon moment. Ces espoirs d'ouverture et de réintroduction dans les relations internationales permettent aussi à l'Iran de se libérer du joug énorme d'une partie des mesures et des embargos mis en place depuis près de dix ans. De fait, l'économie iranienne va incontestablement mieux et voilà nos investisseurs, MEDEF, chefs d'entreprises qui font leurs bagages en toute hâte; le marché réouvert fait l'objet d'une course contre la montre; à celui qui arrivera le premier ! 

    Un nouvel Iran présenté à Davos par M. Rohani qui empreint sa politique générale (intérieure comme extérieure) d'une volonté d'ouverture à laquelle nous n'étions pas habitués et encore moins les iraniens eux-mêmes. Les chefs des diplomaties iraniennes et américaines se sont beaucoup cotoyés ces temps avec les réunions autour du nucléaire, de la Syrie et les différentes dates du calendrier des mesures du programme nucléaire. Ces rencontres entre M. Kerry et M. Zarif sont (nous pouvons le dire aujourd'hui) historique puisque les relations avaient été rompues avec les Etats-Unis depuis 1980 et l'avènement de Khomeini. M. Zarif a même prétendu qu'une ambassade américaine pourrait être réouverte d'ici peu...chaleurs diplomatiques inattendues. 

    Et le pays et ses dirigeants sont malins et toutes les opérations sont souvent assez bien dirigées pour viser des cibles précises et travailler à la fois sur l'image extérieure que donne l'Iran mais aussi sur les populations locales, ethnies et groupes idéologiques. La reconnaissance de l'holocauste comme "une tragédie cruelle qui ne doit plus se reproduire" par M. Zarif n'est autre qu'une ouverture à la communauté juive d'Iran forte de 8 000 personnes. Intéressant et significatif lorsque l'on sait les relations qu'on put entretenir le pays hébreu et l'empire perse. D'ailleur, les paroles menaçantes et faisant acte d'une destruction prochaine du pays Israël ont subitement été retirées du nouveau discours iranien. 

    M. Rohani et Zarif "ont une vision différente de celle des responsables politiques et idéologiques précédents" selon Alireza Nader, experte au centre de réflexion américain Rand. Néanmoins, cela ne retire en rien les doutes sur les changements majeurs dans les relations géopolitiques tel que la reconnaissance d'Israël ou le soutien actif du pays au groupe Hezbollah sur fond de guerre civile syrienne. D'autant que Rohani reste assez influencé et soutenu par l'ayatollah Khomeini. Sur ce point, la politique intérieure reste assez tendue puisque l'aile dure du régime reste très critique vis-à-vis de la politique du président qu'elle juge trop centrée sur les relations avec Washington. Les ultraconversateurs n'hésitent pas non plus à faire du rentre dedans même avec M. le Président: le président de la télévision d'Etat n'a pas flanché et il a retardé d'une heure une intervention de Rohani sous prétexte que les deux journalistes choisis par le chef de l'Etat n'étaient pas assez dans la mouvance iranienne traditionnelle. 

    Selon M. Afshon Ostovar du CNA (Centre des études stratégiques), organe américain, le gouvernement conduit par Rohani joue sur deux tableaux différents suivant les conjonctures immédiates. "Quand Zarif rejette la négation de l'Holocauste, c'est pour les gouvernements étrangers et leurs opinions publiques. Quad il critique Israël et plus largement le sionisme c'est pour calmer les durs du régime en Iran" affirme-t-il. Le changement serait donc plus superficiel, plus dans le ton que dans le fond et dans l'absolu. Méfiance donc sous-entend-t-on en au lieu.

    Reste aussi qu'en effet, le ton reste le ton et la forme reste la forme...le régime iranien garde son cap. Rohani n'a pas reconnu Israël, il veut maitriser la technique nucléaire (civile au moins), et continue un soutien massif à Bachar al-Assad en Syrie avec des conseils militaires, gardiens de la révolution (Pasdaran) et peut-être des approvisionnements réguliers en armes, munitions et fonds économiques ce qu'a toujours contredit Téhéran. La séparation claire entre les pouvoirs du président Rohani et ceux du Guide suprême de la révolution à savoir Khomeini cause préjudice à la crédibilité du pouvoir puisque Rohani semble tout à fait prêt à s'engager dans une réelle réforme nucléaire mais...il ne décide en rien des grandes orientations sur la politique de l'énergie aux mains de l'ayatollah. Il n'est pas à l'ordre du jour non plus reconnaitre l'état hébreu car "l'antisionisme est dans l'ADN de la République islamique" selon M. Ostovar. 

    Je pense que nous pouvons l'admettre...le changement n'est pas encore maintenant ! 

     

    Questions d'Orient - Le 08 février 2014


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