• Les entreprises étrangères en Iran: le jeu du chat et de la souris

    Iran

    les entreprises étrangères, le jeu du chat et de la souris

     

    Alors que les grandes puissances occientales ont enfin réussi à s'entendre avec la République Islamiste d'Iran sur un accord concernant l'enrichissement nucléaire, ce sont les grandes entreprises qui sont maintenant dans les starting-blocks pour récupérer un marché plein de potentiel. 

    La France s'est toujours faite remarquée par sa virulence dans ce domaine, très hostile à l'Iran, même après la l'élection du président modéré Hassan Rahoni. 

     

    1) L'histoire d'une haine cordiale

    L'anecdote nous est rapportée par le blog de Bagdad à Jérusalem tenu par Georges Malbrunot. Nous sommes en 2010, lors d'un déjeuner à la résidence de l'ambassadeur de France à Téhéran. Ce dernier reçoit les dirigeants du groupe fromager Bel qui voudrait s'implanter en Iran. Attention s'exclame un diplomate: les entreprises qui s'implantent en Iran ont leurs activités aux Etats-Unis menacé. Il signale que des groupes pressions pro-israëliens notamment, risquent de monter au créneau pour dénoncer ce "pacte". 

    Il faut dire qu'à l'époque, tous les arguments sont bons en France pour faire de l'Iran un pays totalement infréquentable. En 2012, Peugot et Renault ont du abandonner leurs activités sur le sol iranien et une autre entreprise soupçonnée de violer les sanctions établies contre le pays a été contrainte de livrer l'intégralité des factures (2m3) à Bercy. 

    Il faut dire qu'avec Israël, la France tient depuis bientôt 10 ans, le rôle de pays à la politique étrangère contre Iran la plus dure. Plusieurs raisons, bien sur, sont explicatives de ce comportement. 

    a) Tout d'abord la France veut coire en la non-prolifération de la bombe pour préserver sa dissuasion nucléaire. La crainte en fait est à voir en une diffusion à plus grande échelle: l'Iran, très bien mais pourquoi pas l'Egypte, la Turquie, l'Arabie... Cela a été révelé par un TD (télégramme diplomatique) rédigé par l'ambassadeur des Etats-Unis à Paris puis révélé par Wikileaks en 2010. 

    b) La France craint réellement de voir l'Iran se doter de la bombe et craint notamment pour Israël. Cela été expliqué par Laurent Fabius, chef de la diplomatie française, sur France Inter le 9 novembre 2013. On se situait d'autant plus dans le contexte du déplacement de François Hollande en Israël. 

    Enfin, il y a ce que l'on appelle "le facteur saoudien". L'Arabie Saoudite, petit pays au rôle absolument immense grâce à sa puissance pétrolière, est un des plus farouches opposants à l'Iran nucléaire. Et les dirigeants saoudiens de rajouter lors des rencontres à Genève qu'elle ne voudrait pas voir une expension de la doctrine irano-chiite dans le monde arabe. La dynastie wahhabite a notamment qualifié la chute de Bachar Al-Assad comme une priorité. 

    Et avec l'Arabie Saoudite, les relations sont dites très prometteuses. Au début de l'année 2013, ce sont l'équivalent de 5 milliards de dollars de contrats qui ont été signés au profit d'entreprises françaises. L'Arabie est, pour la France en recherche d'alliés au Proche Orient après s'être coupé d'Al-Assad et de Sissi en Egypte, un pôle de stabilité et de développement où les investissements sont sûrs. 

    Autant dire que dans une telle situation, la France n'a pas franchement choisi la situation la plus favorable à défendre. Mais tant pis, maintenant l'important est aussi de se rétablir en Iran!

     

    2) Et maintenant?

    L'accord arrivé dans la nuit de samedi à dimanche a ravivé les ardeurs industrielles. Et alors quoi? Aujourd'hui même, 27 novembre s'ouvrait à Téhéran la 8ème foire internationale des pièces automobiles. Il faut dire qu'avant que les entreprises Peugeot et Renault soient contraintes de se retirer, l'Iran représentait un sacré marché: 600 000 véhicules construits par an sur le territoire iranien. Or le secteur automobile est exonéré de sanctions. Une déléguation d'équipementiers français est très attendue pour cette foire. 

    « Il faut y aller, il faut faire masse, vos concurrents sont déjà sur place ! », a lancé aux industriels français Michel Makinsky, chargé d'enseignement sur l'Iran à la France Business School de Poitiers (Vienne) lors d'une réunion au Medef International, le 20 novembre, en présence de Bruno Foucher, l'ambassadeur de France dans le pays. Le MEDEF prévoit justement une grande mission dans le pays. 

    Pour ce qui est des intérêts pétroliers (car la France en a un certain nombre dans le pays), la firme mondiale Total, qui a conservé un bureau de représentation en Iran a assuré qu'elle n'y remettrait plus les pieds tant que les sanctions ne seraient pas définitivement levées. En voyage à Téhéran en octobre, comme l'avait souligné l'agence Dow Jones, Arnaud Breuillac, qui était avant à la direction du pôle Moyen-Orient avait déclaré qu'il était encore beaucoup trop tôt pour prévoir quoique ce soit. 

    C'est aussi sans compter que la France a une image catastrophique dans le pays. Nous l'avons expliqué plus haut, la France a toujours entretenu les relations parmi les plus tendues des puissances occidentales avec l'Iran. S'est rajouté à cela, l'impression d'un Laurent Fabius n'ayant comme but que l'échec des accords à Genève. Xavier Houzel, un ancien trader pétrolier et spécialiste de l'Iran a avoué que la reconquête allait être dure:"Beaucoup de rancoeurs se sont accumulées contre la France, dit-il. Notre image est catastrophique".

    "Cela va être la foire d'empoigne, prédit Xavier Houzel. D'un côté les Américains sont prêts et les Allemands ont habilement travaillé à leur retour. De l'autre, les Iraniens ne sont pas restés inactifs. Ils se sont tournés vers l'Asie et ont aussi développé leurs propres solutions. Les Français vont découvrir qu'ils sont partis à la chasse et ont perdu leur place".

     

    C'est donc au-delà même de l'accord sur l'arrêt de l'enrichissement de l'uranium à plus de 5% que se portent actuellement les discussions. L'allègement de certaines sanctions contre le commerce et des domaines économiques iraniens semble précipiter une ruée des investisseurs et grands groupes internationaux dans l'objectif de récupérer des terrains très bénéfiques, alors même que certains contournaient déjà les sanctions depuis des années... 

     

    Questions d'Orient/ Le 26 novembre 2013


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