• Liban: les voeux des hauts placés libanais

    Liban:

    les voeux des hauts placés libanais

     

    Les tribulations vont bon gré alors que le Liban s'apprête à élir un président pour succéder à Sleimar qui a assuré ne pas vouloir prolonger son mandat... Alors chacun fait ses voeux. Mais alors, qui peut actuellement prétendre sérieusement à prendre sa place ? Dans un Liban morcelé dans les différents courants réactionnaires, politiques et religieux, difficile actuellement d'y voir clair alors même que Samir Geagea n'exclut pas un vide présidentiel, terrible scénario pour le Liban en proie à une dérive sécuritaire plongeant le pays dans le chaos sur fond de guerre syrienne et de tensions communautaires.

    Le vice-président du conseil exécutif du Hezbollah, le parti chiite pro-Assad, le cheikh Nabil Kaouk, a déclaré dimanche que son parti est partisan de l'élection d'un président qui serait "craint par Israël". Le mot important du message était le fait que le Hezbollah refuserait un président au Liban si ce dernier se posait en adversaire de la résistance et en adversaire de la Syrie baathiste et assadiste. N'oublions pas que cette déclaration envers l'allié syrien n'arrive pas au hasard: ce week-end, le parlement syrien a annoncé la date de l'élection présidentielle où Bachar al-Assad devrait être réélu.

    Mais ces déclarations interviennent aussi alors que les députés libanais sont convoqués le mercredi 23 avril pour un premier tour de scrutin dans la cadre de la présidentielle visant à élire un successeur à Michel Sleiman dont le mandat expire le 25 mai. "Nous cherchons à assurer l'élection d'un président fort qui serait craint par Israël et que l’État hébreu ne voudrait pas voir au palais de Baabda. Le Liban est à la veille d'un moment d'envergure nationale qui concerne tous les Libanais, et le Hezbollah est très préoccupé par le cours de cette élection présidentielle. Il n'est pas un simple spectateur", a rajouté cheikh Kaouk. Le vice-président de l'exécutif du parti de Dieu a aussi d'appelé ceux qui  "parient sur l'élection d'un président anti-résistance et anti-Syrie" à ne guère espérer de tels résultats d'une élection au Liban, soulignant que "le Liban ne peut tolérer un tel président".

    Cheikh Kaouk a défini le type de président qu'espérait son parti pour pouvoir tenir un Liban en proie aux affrontements:  "président fort" et étant "le plus solide au niveau national et dont l'élection représenterait un message de fermeté et d'invincibilité face à Israël et aux takfiristes".

     

    Cette élection arrive dans un moment de tension entre le président sortant, Michel Sleiman et le parti chiite au Liban notamment sur les questions des moyens de la résistance et sur l'ingérence et le soutien du parti aux troupes du président Assad en Syrie.  Le président a notamment qualifié, dans un discours début mars à l'Université Saint-Esprit de Kaslik, d'"équation en langue de bois", la formule "peuple-armée-résistance" prônée par le Hezbollah pour ces élections.

    Ce à quoi le parti chiite a répondu en me mâchant pas ses mots que M. Sleiman ne savait guère faire la "différence entre l'or et le bois" et requérait des "soins spéciaux". Depuis cette passe d'arme, le chef de l’État libanais multiplie les injonctions à un désengagement du parti chiite du conflit syrien et à la mise en place d'une stratégie de défense avec l'État comme autorité de référence. Ces déclaractions constituent une attaque directe contre les armes du Hezbollah qui sont actuellement placées hors de la tutelle de l’État.

    "Le Hezbollah a pris des positions inappropriées et j'ai fait des remarques que les responsables du parti n'ont pas appréciées", a indiqué dimanche M. Sleiman à l'issue d'une réunion à huis-clos avec le patriarche maronite Béchara Raï avant la messe de Pâques à Bkerké avant d'ajouter que "le président doit préserver la Constitution et la souveraineté du pays et il ne représente aucune partie en particulier", donnant ainsi un avant-goût de ses attentes pour ce changement de président.

     

    Tandis que les fractures idéologiques et politiques divisent et font craindre un vide présidentiel à l'issu des élections, Michel Sleiman a de nouveau rappelé dimanche qu'il refuserait toute tentative visant à prolonger son mandat: "L'extension du mandat de n'importe quel responsable n'est pas démocratique malgré la prorogation actuelle du mandat du parlement".

    Dans le même temps, M. Sleiman a dit souhaiter l'application du programme de Samir Geagea, chef des FL (Forces Libanaises) en affirmant que "le programme présidentiel de Samir Geagea était national et souverain, j'espère qu'il sera mis en œuvre". Par ailleurs, seul Samir Geagea a officiellement fait acte de candidature jusqu'à présent. Ce dernier a fait connaître son programme électoral mercredi.

     

    Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah a mis en garde vendredi dernier contre tout "aventurisme" dans les candidatures à l'élection présidentielle, tout en laissant ainsi entendre que celle du chef des Forces Libanaises pourrait retarder le déroulement de cette échéance.

    Le patriarche maronite Béchara Raï a aussi donné son avis sur la présidentielle, point de vue important sachant le rôle intermédiaire que jouent actuellement les chrétiens au Moyen Orient, souvent pris dans l'engrenage des conflits idéologiques entre sunnites et chiite. Pour sa part, il a exhorté dimanche les députés à se rendre aux séances parlementaires pour permettre l'élection un nouveau président libanais. "Les députés doivent jouer leur rôle et élire un nouveau président. C'est un honneur pour les députés d'élire le chef de l’État", a-t-il rappelé, rejetant toute possibilité d'un vide à la tête du pays lors de son sermon à Bkerké. Le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Monseigneur Élias Audi a lui aussi rappelé, lors de son sermon de Pâques en la cathédrale Saint-Georges, au centre-ville de Beyrouth, l'importance de l'élection d'un nouveau président dans les délais pour que le Liban puisse être remis sur la bonne voie, que les frontières soient sécurisées et que le pouvoir puisse mettre un solide cran d'arrêt à la dérive sécuritaire.

     

    "Le vide est possible si l'autre camp décide d'entraver le processus démocratique ou si les centristes ne veulent pas assumer leurs responsabilités" a déclaré quant à lui Geagea lors d'une interview à la chaîne quatarie al-Jazeera diffusé lundi soir. Le leader des FL estime toutefois que le vide présidentiel ne devrait pas engendrer une situation de chaos sécuritaire.

    Concernant le rapprochement entre le Courant du Futur et le Courant patriotique libre (CPL), M. Geagea a assuré soutenir "les discussions ouvertes entre tous les Libanais" tout en démentant par ailleurs, les informations selon lesquelles les puissances régionales et internationales pousseraient à l'élection du chef du CPL, le député Michel Aoun, en raison de sa proximité avec le Hezbollah qui pourrait permettre la conclusion d'un accord sur les armes du parti chiite. Soulignant ne pas avoir reçu d'indication en ce sens, il attribue ces informations à une campagne médiatique organisée par le parti du 8 Mars.

     

    Questions d'Orient - Le 22 avril 2014


    Tags Tags : , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :