• Liban: objectifs et menace concrète d'al-Qaïda

    Liban:

    objectifs et menace concrète d'al-Qaïda

     

    Les bombardements anonymes (où presque...) des localités libanaises de la provinces de la Békaa posent un certain nombre de questions sur l'implantation et les dangers que font peser les groupes accusés de ces bombardements. La situation à la frontière libanaise et irakienne a pris une toute autre tournure depuis les attaques à Ramadi et Falloujah et depuis l'exacerbation des passions confessionnelles suite aux bombardements ciblés.

    Quels sont ces localités de la Békaa? Il ya les villages chiites de Boueida, Kasr, Laboué, le village sunnite de Ersal, le village chrétien de Baalbeck et le village multi-confessionnel de Fakiha. Le fait qu'aucune communauté n'ait été épargnée n'est bien entendu pas anodin et les auteurs des attaques avaient l'objectif d'alimenter les discords idéologiques.

    La stratégie a été efficace et relativement bien élaborée. Il s'est agit dans un premier temps d'un attentat suicide contre un fief du Hezbollah sur fond de crise syrienne à Hermel. Le lendemain, la localité de Ersal à majorité sunnite a été bombardée à son tour, faisant ainsi croire que les chiites se vengeaient de la veille. Mais le lendemain de l'attaque à Ersal, c'est la localité chrétienne et mixte qui ont entrainé le Liban dans une discorde générale; surtout que les auteurs des attaques n'avaient guère été identifiés sur le moment.

    En réalité, les attaques auraient été commises depuis le nord-est d'Ersal sur un jurd: un territoire partagé entre la Syrie et le Liban. Le jurd d'Ersal en question comprend sur les terres syriennes, les localités de Yabroud et Douma elles-mêmes situées dans le Qalamoun et le rif de Damas. Alors pourquoi autant de précisions géographiques? Parce que la direction et la localité trahit les auteurs des attaques. Le jurd et ces terres sont le fief et le bastion des plus extrémistes djihadistes syriens: Da'ech et le Jabha al-Nosra.

    Une source arabe diplomatique proche du dossier syrien a confié au quotidien libanais francophone l'Orient-Le Jour que Da'ech est l'organisation qui a, actuellement, le plus d'intérêt au glissement du front syrien sur les territoires libanais. En créant une discorde confessionnelle et en alimentant une psychose favorable au déclenchement de conflits armés, EIIL vise à pousser le Hezbollah au désengagement du théâtre syrien pour faire face aux problèmes intérieurs.

    Cette même source a expliqué que EIIL (Da'ech) a été créé tout comme le jabha al-Nosra par les services secrets saoudiens et qataris il y a deux ans alors que l'ASL créée par la Turquie commençait à s'affaiblir. L'objectif de Da'ech était une internationalisation du djihad sur la terre syrienne et la constitution d'un front commun entre la Syrie (nouvelle terre de djihad) et l'Irak, une terre de djihad où la charia est en perte de terrain et où les fronts islamistes resentent le besoin d'un stimulant. Le stimulant, c'était la Syrie et l'objectif a été plutôt réussi. Des milliers d'hommes se sont retrouvés dans des camps jordaniens pour se préparer avant de passer la frontière syrienne. Les deux formations extrémistes se sont donc partagées ce qui restait du territoire syrien lors de leur arrivée mais ont surtout eu tendance à rejoindre la frontière irakienne et turque au nord et libanaise au sud. La Turquie a rapidement réagi en fermant ses frontières mais les affrontements et le regain de violence dans la province irakienne sunnite d'Anbar montre bien que l'Irak n'a pas su faire face à cette djihadisation du conflit syrien.

    Concernant Da'ech, la source arabe via l'Orient-Le Jour montre comment Da'ech suit dorénavant son propre mouvement de dynamisme et s'est auto-développé. Toutefois, si ces semaines Da'ech a du faire face à une double difficulté avec la guerre contre l'ASL c'est aussi parce que sa génitrice, l'Arabie Saoudite a été contrainte de lâcher son joyaux islamiste suite aux attentats de Volgograd où Poutine a menacé l'Arabie Saoudite de changer la géographie et la géopolitique des régions voisines et suite à l'attentat à Beyrouth visant l'ambassade iranienne et où les services secrets saoudiens ont été immédiatement visés...

    En lâchant Da'ech, les wahhabites ont lancé à sa poursuite l'ASL et les katibas voisinnes qu'elle finance aussi tandis que le Qatar s'est retiré plus ou moins du dossier syrien. Si cette dernière information semble à prendre avec des pincettes, cela paraît néanmoins envisagable. Et pourtant...EIIL s'est montré beaucoup plus coriace qu'on ne s'y attendait. Le groupe djihadiste parvient à garder Falloujah en Irak malgré les pressions de l'armée et parvient à garder des portions de territoire syrien tout à fait considérable tout en faisant glisser les conflits au Liban pour entrainer le "Hezb" dans un conflit interne et pour se défaire de la main l'étranglant en Syrie suite aux conflits contre les rebelles laïcs (ou presque).

    Deux points semblent à retenir pour l'expert cité par OLJ: c'est d'abord que l'armée libanaise semble prête à faire face à ces dégradations sécuritaires mais c'est aussi de EIIL ne bénéficie plus d'aucune couverture étatique solide qui puisse défendre le groupe.

     

    Néanmoins, la situation libanaise préoccupe suite au double attentat d'Haret Hreik. Quand la première bombe a explosé, les services libanais n'avait qu'une crainte: voir apparaître sous leurs yeux ce que les autorités refusent d'admettre depuis des années à savoir qu'al-Qaïda est implantée solidement dans la société libanaise, pourtant connue pour sa tolérance et sa coexistence. Et bien entendu, c'est ce qu'il s'est passé puisque la première voiture était conduite par Qouteïba al-Satim, jeune libanais originaire d'Akkar.

    Serait-ce assez pour que les autorités puissent enfin arriver à l'essentiel? Al-Qaïda au Liban n'est pas seulement constituée de cellules dormantes mais elle est enracinée dans un milieu social favorable à l'exacerbation de ses thèses dans une société pourtant traditionnellement peu perméable à ces idées extrémistes.

    Cela rend toute intervention des forces de l'ordre très complexe car dans un climat de psychoce où chaque confession se sent visée, toute intervention est rapidement vue comme une atteinte à la partialité qui doit caractériser les forces de l'ordre.

    Depuis deux décennies, La Base semble se cristalliser dans une mosaïque sociale mélangée au Liban dans la plus grande indifférence des parties. En 1995, le cheikh Halabi des Ahbache est assassiné en pleine ville de Beyrouth. Le 11 septembre 2001, le pilote du vol 93 écrasé en Pennsylvanie s'appelle Ziad Jarrah et il est originaire de Marj dans la Békaa. Le phénomène est donc longtemps resté tabou et l'inaction falgrante dont on fait preuve les autorités rend difficile toute intervention dans certains secteurs comme Ersal où l'armée ne peut plus rentrer.

    Les noyaux takfiristes salafistes ont donc toujours été présents depuis deux décennies mais mal acceptés. Si le gouvernement commence actuellement à réagir c'est aussi parce que la guerre en Syrie semble faire du Liban un deuxième front mais c'est aussi parce que c'est groupes commencent à profiter des changements sociétaux au Liban et à bénéficier d'un meilleur accueil de la population. Un état d'esprit qui change dans un pays mixte, symbole de la coexistance (même au sein des partis politiques)...comment réagir? Sans vouloir être pessimiste, il faut s'accorder sur le fait que Liban risque de traverser des jours difficiles.

     

    Questions d'Orient - Le 22 janvier 2014


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