• Moyen-Orient: si la sociologie orientale des révoltes sonnait le glas des relations orient/occident?

    Moyen-Orient:

    et si la sociologie orientale des révoltes sonnait le glas des relations orient/occident?

     

    Et si l'Occident était en passe de s'humilier sur fond de crise syrienne? Et si nos pays, hier gendarmes de l'Orient, devenaient la risée des pays arabes et perdaient toute crédibilité auprès de ces derniers? 

    C'est en tous cas ce que semble redouter Aurélien Pialou dans son article du Monde paru mi-décembre. En fait, les révoltes auraient mis en avant une faille monstrueuse de la diplomatie occidentale: son incapacité à prendre des décisions et à trancher en faveur d'aides ou de prise de parti précises. 

    En s'attardant sur le cas de la crise syrienne, on va voir que au-délà des facades larmoyantes de que nous lisons chaque jour dans les médias, les indécisions européennes coutent des vies, décrédibilisent les puissances occidentales et sont facteur d'incompréhensions socio-idéologiques. 

    Si l'on regarde de près les contestations arabes des trois années qui viennent de s'écouler, révoltes que nous avons appelé Printemps Arabes, l'édification des luttes armées a été progressive et le résultat actuel dans un pays comme la Syrie est le reflet des tendances de fond dessinant les mondes arabes actuellement. 

    Alors justement, comment ces révolutions sont-elles nées? Au-délà de la rupture de la faille politique entre gouvernés et gouvernant et des régimes autoritaires en vigueur lors de la montée des contestations, l'édification et la construction des luttes armées est assez rationnelle. Il a fallu ce que l'on appelle "un processus réactif" c'est-à-dire un élément qui soulève une ferveur populaire car il touche l'émotionnel de chacun. En Syrie, cela a commencé avec la rumeur des tortures d'enfants. Puis aux mouvements de contestations pacifiques s'est rajouté le bombardement de Homs. C'est l'élément déclencheur du mouvement armée. Le processus a été très progressif: peu à peu les révolutionnaires ont saisi le jeu que menait le régime en face. Celui qui refusait publiquement le régime, par les réseaux sociaux, par des actes visibles avait fait son choix; un choix sur lequel il ne lui était plus possible de revenir. Nous le savons tous, les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur surtout durant les deux premières années de la contestation syrienne et les services secrets connus pour le professionnalisme ont pu ficher les opposants peu à peu sans problème. Beaucoup ont été pris au piège et sont aujourd'hui pris au piège entre islamistes et régime. 

    L'enchainement a donc été rapide et rationnel. Des unités armées se sont constituées et ces processus sociaux de résistance ont organisé peu à peu  le territoire syrien. Chaque clan avait son territoire. Au départ, chacun travaillait main dans la main avec son voisin...mais ça c'est du passé. 

     

    Et puis, il y a eu les Occidentaux... En effet, parallèlement aux mouvements de rue, les diplomates occidentaux observaient l'évolution avec beaucoup d'attention. La révolution syrienne a, on peut le dire, apporter une révolution diplomatique européenne. Le bourbier était pourtant flairable de loin...mais très rapidement, devant les répressions assez impitoyables sur les civils, l'émotionnel a pris le dessus dans les chancelleries occidentales et les mots ont été très durs, sévères et malheureusement, eux non plus ne proposaient aucun retour en arrière possible. Attaqué de toutes parts, sans réellement maitriser les situations des premiers mois, le président Assad s'est vite replié sur lui-même et il devenu intraitable, il était impossible de discuter avec lui alors même qu'il était le seul "représentatif" car le seul à avoir une emprise sur le pays et à avoir les clefs du conflit dans sa poche... L'Occident avait son choix.

    Mais le paradoxe n'est pas là. Le paradoxe il est dans l'attitude rapidement adoptée vis-à-vis des rebelles. Aux soutiens émotionnels et réactifs ont succédé les palabres incessantes, les bouches se sont assez vite tues et les paroles se sont mitigées. 

    En fait, le problème était double pour les chancelleries européennes et américaines. D'abord, c'était un soucis de "représentativité". Il est clairement difficile voit impossible d'aider et de fournir un soutien ciblé à une opposition composée de groupuscules et ne présentant aucune unité. Aucun leader n'est réellement identifiable, excepté peut-être le chef du CNS qui n'est pas sur le territoire syrien et qui n'a réellement aucune aura sur son infanterie de première ligne. Le deuxième problème vient des héritages diplomatiques historiques: les relations entretenues entre les diplomaties européennes et des dirigeants sécuritaires arabes ont toujours été assez bonnes dans le passé: Sarkozy recevant Kadhafi à l'Elysée restant l'image la plus célèbre. Les attentats du 11 septembre, la Syrie de la famille Assad s'est toujours montrée très coopérante pour lutter contre la propagation du terrorisme islamiste. Grâce au génie de ses services secrets, le pays a souvent marché sur la crête en soutenant doucement des mouvements islamistes puis en assurant les arrêter. Ce système, faisant la Syrie un pays en recherche de solutions pour lutter contre le terrorisme lui a valu une reconnaissance officielle de plusieurs pays. 

     

    De fait, les sympathies créées, il est difficile d'adopter une ligne stable et convaincue face aux révoltes sans prendre un parti peut-être moralement condamnable car trop exhaustif. Et voilà justement nos pays divisés par les bons sentiments, les amitiés et les sentiments de compassion. C'est ce qui explique l'incapacité flagrante des présidents occidentaux à prendre une décision ferme sans devoir reculer, pédaler dans le vide et faire des déclarations floues. 

    Dans un premier temps, le soutien verbal a été de mise. Cela n'est pas spécifique à la Syrie, on a pu l'observer en Libye, en Egypte ou en Tunisie. Mais comme souligné précédemment, difficile de soutenir une organisation qui n'est pas représentative d'elle-même. Alors il a fallu donner une idée de représentativité à l'opposition sans avoir la moindre d'idée de ce qu'est l'idéal de représentativité d'une opposition civile. 

    Toujours est-il que les soutiens n'ont jamais été vraiment crédibles car ils n'ont jamais été concrets. On a exigé un mouvement de transition représenté par un gouvernement provisoire...mais sans le moindre "coup de main". Un pays au plus profond de la crise et guerre civile, dont plus de la moitié du territoire est aux mains de cellules djihâdistes doit désormais répondre à une injonction européenne: entendez-vous avec votre président pour un gouvernement de transition. Pas évident, nous sommes d'accord!

    Comme la géopolitique c'est aussi préparer "l'après", et que cet "après" effraie facilement les populations orientales mais aussi occidentales, les chancelleries européennes ont aussi fourni de précis critères tout cela dans une ébauche de constitution. Comment cela? Il faut équilibrer les poids sociaux des différentes minorités pour éviter des règlements de comptes à venir. Alors cela part d'un principe louable lorsqu'on sait la mosaïque ethnique que représente la Syrie actuellement et ce que risquent de subir les minorités alaouites si le pays tombait entièrement aux mains des sunnites. Mais encore une fois, sans aide manifeste la tâche est ardue, alors même que les rebelles se battent même entre eux. 

    Dans cet éparpillement diplomatique, cela fait longtemps que les vraies redevendication du peuple syrien, victime actuellement des exactions djihâdistes autant que des dommages collatéraux et de la brutalité des milices pro al-Assad, se sont perdues. Ces revendications elles concernaient la justice, la qualité de vie, la sécurité... Il faut dire aussi que les revendications relatives à la qualité de vie du peuple n'ont jamais vraiment beaucoup intéressé les diplomates occidentaux. Ils se préfèrent à traiter de notions telles que "acteurs pertinants", "partenaires de dialogue"... Cela est plus édifiant et à long terme logiquement plus utile. 

     

    D'aucuns se plaisent à condamner les agissements "immoraux" qui consistent en un rapprochement entre diplomates européens et hommes de Damas. Il faut dire que les Occidentaux ont pour le moins changer leur fusil d'épaule ces derniers jours. En affirmant que le président al-Assad devait jouer un rôle dans la transition et que les alaouites devaient conserver le pouvoir militaire, les diplomaties occidentales ont pris un sérieux parti et annoncent par la même, les couleurs pour les discussions à venir le 22 janvier à Genève. Le rapprochement Russie-Etats-Unis et leur travail commun dans la recherche d'une transition dans les meilleures conditions est un ciel d'azur pour le président al-Assad. 

    Il reste néanmoins à espérer que Genève 2.0 ait lieu et que les rébellions islamistes qui pullulent soient écrasées par les troupes et milices pour laisser place au Conseil modéré du CNS. 

     

    Questions d'Orient/ Le 22 décembre 2013


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :