• Syrie: Genève II...et après ?

    Syrie:

    Genève II...et après?

     

    Voilà, c'est fait le premier round des négociations entre la délégation du régime Assad et les membres de l'opposition (CNS) s'est achevé hier soir...sans aucun compromis, rien du tout. Le résultat est donc quasi nul et chacun compte sur la capacité de Genève II à devenir Genève III. Le prochain face-à-face est prévu à partir du 10 février. Mais les délégations accepteront-elles?

    Oui répond le CNS qui a en effet tout intérêt à poursuivre ces discussions pour pousser encore et encore son avantage et pour s'affirmer encore plus sur le devant de la scène internationale parce que ces discussions sont aussi histoire de médiatisation. Toute la semaine, la coalition s'est montrée forte et n'a pas baissé la tête devant ceux qu'ils considèrent comme leurs assassins. Si Ahmad Jarba s'est montré un piètre orateur, ses collègues ont su prendre le relais quand il le fallait et les nerfs n'ont pas surchauffé. "Pour la première fois, le régime syrien a été obligé d'écouter les revendications de son peuple" note avec satisfaction Munzer Akbik, un porte-parole de l'opposition.

    La délégation du régime de Damas s'est montrée assez fébrile et maladroite; plus que ce à quoi l'on s'attendait. La pression mise par l'ONU et les tiraillements entre les impératifs de la diplomatie et leur naturel classique. Leur arogance des premiers jours a été mise à rude épreuve. Cela s'est caractérisé par quelques sorties de pistes qui ont décrédibilisé les paroles de la délégation Mouallem d'où aussi l'importance de la médiatisation des rencontres: Omran Al-Zoabi le ministre de l'information, déclare vendredi que "le pouvoir ne fera aucune concession",  mais quelques heures plus tard, Walid Mouallem, ministre des Affaires étrangères d'Assad ne déplore "le manque de sérieux et de maturité" du CNS. Si Walid Mouallem et la délégation n'a en rien indiqué s'il reviendrait sur les bords du lac Léman, tout le monde s'accorde à dire que dans la bataille médiatique en jeu aucun n'a intérêt à refuser une deuxième rencontre. C'est au premier qui part et nous avons pu nous rendre compte qu'au jeu de la patience, le régime semblait assez tenace.

    Avant de clore la réunion vendredi, l'émissaire international pour l'ONU Lakhdar Brahimi qui a mené l'intégralité des négociations avec un humour et un détachement qui surprend pour un homme de 80 ans, a ennoncé dix points clefs qui selon lui justifieraient de ne rien lâcher et continuer à espérer. Dans ces points, la reconnaissance de Genève I reste clef. "Les deux camps savent qu'ils doivent conclure un accord sur la formation d'une instance de gouvernement transitoire ("TGB", "transitional governing body" en anglais)dotée des pleins pouvoirs", comme le stipule le communiqué Genève I, achevé en juin 2012 suite à un accord russo-américain.

    Si Genève I posait problème c'est aussi parce que le régime n'a jamais vraiment voulu reconnaître ce traité ou a nié les effets qu'il pourrait avoir pour Damas. Néanmoins, sous une pression inévitable durant ces discussions, Mouallem a accepté de discuter ce texte. Pourtant, les informations qui sont sortis des discussions semblent montrer deux adversaires aux revendications et interprétations opposées.

    La délégation de l'opposition menée par Jarba est soutenue par l'occident (si l'on peut parler de soutien) et elle conçoit le TGB comme une entité particulière qui disposerait des pouvoirs du gouvernement et de la présidence ce qui indique une mise à l'écart du président Assad. La délégation de Damas est soutenue concrètement par Moscou et Téhéran mais elle écarte logiquement toutes ces jeux sur les mots. Dans leurs interprétations et leurs conceptions du texte, le TGB peut êtreà la limite un gouvernement d'union incorporant quelques membres de l'opposition au gouvernement mais laissant le pays aux mains de Bachar.

    Pour le prochain round et pour faire face à une stratégie bien huilée du régime de perte de temps de palabres à n'en plus finir, les grands responsables ont décidé de tester de nouvelles méthodes de négociations. Prenant exemple sur le conflit cambodgien car les deux conflits présentent des similitudes (lourdes implicaions de puissances aux échelles régionales, jeu géostratégique des grandes puissances, peuples soumis à une répression du gouvernement), ces négociations devraient être menée suivant trois paliers.

    -> Un dialogue à établir entre syriens c'est-à-dire entre les membres d'un gouvernement contesté et ceux appelés opposition. Contrairement à Genève II, il faudrait que ce dialogue, une fois établit puisse être continu et non sporadique et il devrait être présidé par une personne à haute stature morale. On pense notamment à Kofi Annan longtemps responsable à l'ONU de la Ligue Arabe. Si des discussions sont instaurées, elles devraient l'être sur des sujets temporellement immédiats par exemple des cessez le feu locaux ou des aides humanitaires. Il faut un dialogue sur l'avenir du pays et donc des grandes questions, armatures des négociations: quelle République ? Quelles garanties constitutionnelles pour les minorités religieuses ou ethniques et donc quelle place dans la Syrie de demain dans les institutions nouvelles et leur rôle politique. Cela permettrait une prévention sur des questions laissées de coté par la population égyptienne et qui ont conduit à la dérive sécuritaire et à l'inqilâb de Sissi en juillet 2013; surtout en prenant compte de la mosaïque culturelle et cultuelle que représente la Syrie (70% de la population sunnite + les chiites + les coptes...). Cette question est centrale pour la Syrie et pour répondre aux craintes de minorités comme les alaouites qui seraient probablement plus rassurés si un consensus était établit pour garantir leur droit face aux menaces de vengeance ou de haine confessionnelle.

    -> L'étape deux semble se rapprocher de ce qui a été fait à Genève II. Une conférence internationale permettant le regroupement des pays voisins du pays concerné et pouvant jouer un rôle géopolitique (on pense à l'Iran notamment exclu de la conférence) mais aussi les puissances occidentales et les pays intéressés.

    -> Enfin le troisième point serait de mobiliser un accord sur le modèle du P5+1 et de l'accord sur le nucléaire iranien passé en novembre 2013.Le parallèle entre Iran et Syrien fait parfois frémir et pourtant...il est impossible à éviter, la Syrie étant un espace à huit clos, ring d'affrontement et de regroupement confessionnel des puissances régionales et locales qui veulent se voir attribuer un rôle ou changer un petit peu là géographie et la géopolitique du coin.

     

    Questions d'Orient - Le 01 février 2014


    Tags Tags : , , , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :