• Syrie / Irak: Da'ech, l'incarnation de l'internationalisation du djihad

    Syrie / Irak:

    Da'ech, l'incarnation de l'internationalisation du djihad

     

    Da'ech encore appelé EIIL (État Islamiste en Irak et au Levant) est une création irakienne. Présent depuis le preintemps 2013 sur le théâtre syrien, l'organisation lutte dans une violence extrême aux rebelles de l'ASL. Si l'organisation fait tant parler d'elle ces temps, c'est que ce groupe local au départ est aujourd'hui en mesure d'arborder des intentions de conquête sur tout le Blad al-Cham (territoire de Syrie Palestine). 

    Mardi dernier, EIIL a fait passer un communiqué dans lequel le groupe se promettait d'exterminer tous les noyaux de résistance rebelle pour instaurer un État islamiste, un califat, régit par la charia (la loi islamiste). 

    Actuellement, Da'ech (Dawla islamiyya fi Iraq waChaam => se dit Da'ich en arabe) a réussi à imposer sa tutuelle sur des zones frontalières du pays en crise notamment au nord, devenu une zone de violence et de danger permanent (cf article du 11 janvier 2014). Ce qui a fait la triste renommé des djihadistes de Da'ech c'est leur hyper violence mais c'est aussi la capacité qu'ils ont eu à redonner un élan considérable au groupe, un groupe affaibli depuis 2010 et contenu dans les régions désertiques et rurales d'Irak. Cet élan a été permis par l'internationalisation d'un djihad mineur contre les toutes formes d'impiété (allant des relations sexuelles hors mariage à la consommation de tabac). 

    Le groupe fait aussi parler de lui en Irak actuellement puisque ses milices tiennent depuis le 3 janvier les villes de Ramadi et de Fallouja et mènent des opérations kamikazes contre des postes de police, gouvernementaux ou civils. Da'ech a aussi étendu son aire d'influence au Liban, pays gagné par les conflits idéologiques suite à l'afflux constant de réfugiés du pays voisin. Le 1er janvier, le groupe a réussi son premier attentat dans le pays contre un fief du Hezbollah, parti de lutte libanais chiite combattant aux coté d'al-Assad. 

     

    Mais revenu un petit peu sur l'histoire même du groupe. Sa création est actée du 9 avril 2003. C'est en tous cas à cette date qu'un jordanien, Abou Moussab al-Zarkaoui fonde la branche mésopotamienne d'al-Qaïda. C'est dans un contexte d'insurréction anti-américaine que son groupe se fait un solide nom en Irak et bénéficie d'aides d'Arabie Saoudite, du Yémen, de Jordanie, d'Égypte ou de Libye. 

    Zarkaoui se taille vite une réputation de terreur dans tout le pays ce qui lui vaut un conflit avec le commandement centralisé d'al-Qaïda dont il dépend. Dominique Thomas, spécialiste des mouvements djihadistes à l'EHESS, cité par le Monde explique que son numéro 2, Ayman Al-Zawahiri "remet en cause la stratégie du chaos de Zarkaoui en Irak" en 2006.

    En juin 2006, après que Zarkaoui ait été tué dans un bombardement américain, le groupe passe sous les ordres de Abou Omar al-Baghadi et renomme l'organisation EII (État islamiste en Irak). M. Thomas explique que "Le groupe s'est repositionné sur des bases et un commandement irakien et a connu son apogée en 2008-2009, prenant pied sur l'ensemble du territoire irakien et jusqu'au cœur de la capitale, Bagdad". 

    Et pourtant, grâce à l'armée irakienne soutenue par l'armée US et les milices sunnites sahwas que les États-Unis ont parvenu à rallier au mouvement anti-djihadistes, les moujahidines sont repoussés et en mai 2010, leur commandant est tué dans un bombardement. Comme c'est la caractéristique de ces groupes, l'hydre de Lerne gagne immédiatement une nouvelle tête toujours aussi accueillante: Abou Bakr al-Baghdadi. 

    Suite à la mort en mai 2010 de leur leader, les combattants ont largement perdu du terrain et se sont cantonnés au contrôle partiel de provinces frontalières rurales ou désertiques. C'est dans ce contexte que la guerre en Syrie est rapidement devenue un puissant allié pour se refaire une petite santé extrémiste. 

     

    La guerre contre le dirigeant syrien a permis un afflux sans précédent de combattants vers le groupe. Néanmois, voilà que la cellule Jabhat al-Nostra voit aussi le jour en Syrie en 2012. On pourrait penser que, joint par une idéologique extrémiste, les deux groupes pourraient s'entendre...hé bien non ! Al-Nostra a prêté allégeance dès le printemps 2013 à al-Qaïda devant les ambitions de contrôle de la branche syrienne de La Base par EII. Al-Jolani, le chef d'al-Nostra a rapidement été reconnu par le commandement centralisé d'al-Qaïda comme la branche syrienne car composé majoritairement de syriens et ce même commandement a voulu séparer distinctement EII (Irak) et al-Nostra. "Il y avait un conflit de personnes, de pouvoirs mais aussi d'agenda. Jabhat Al-Nosra voulait conserver un agenda clairement syrien et rester dans la stratégie souterraine de dissimulation du projet d'Etat islamique" note M. Thomas

    Malgré les directives établies par al-Zawihiri, numéro 1 d'al-Qaïda depuis la mort de Ben Laden en 2011, EII ne s'est pas arrêté là et à immédiatement envoyé des hommes armés dans le nord de la Syrie grâce à son contrôle des zones frontalières et à un regain de puissance. La mutualisation des terrains de djihad a donc été très bien exploité par EII et cela s'est traduit par son nouveau nom: État Islamiste en Irak et au Levant. "L'ancrage syrien offre à l'EIIL un accès à la frontière turque, important pour les ravitaillements, et lui permet de mettre la main sur les ressources énergétiques de cette région pétrolière". 

    Abou Mohammed al-Jolani, irakien en charge de la branche syrienne d'EIIL a développé grâce à la terrible guerre civile syrienne une véritable économie de guerre et à bénéficier de financements étrangers... Comprenons par financements étrangers: Arabie Saoudite, Qatar...que les pays occidentaux financent à foison en les déclarant nos meilleurs amis...mais ça il  ne faut pas trop le dire! Toujours est-il que le groupe naissant a internationalisé le djihad et se trouve maintenant en position de force par rapport à al-Nostra avec 5 à 6000 combattants. 

    Alors pourquoi un tel emballement ces derniers temps avec l'ASL? Dans un premier temps, les combattants islamistes ont usé à bon escient de la démagogie avec la population: rations, surêté etc. Bien vite, se sentant pousser des ailes, al-Jolani a prouvé son incapacité à tirer profits des anciennes erreurs et s'est engagé dans une politique de terreur en commettant rapts, exécutions publiques, exactions, pillages, évincements de chefs rebelles reconnus. La population ne pouvait plus se reconnaitre dans la cellule terroriste et depuis janvier, l'ASL combat fermement cette branche devenue pire encore que le régime suite aux exécutions d'enfants de quinze ans sur une place publique pour avoir refusé une tasse de thé gratuite. 

    Le second front actuel est bien sûr l'Irak. Les djihadistes ont profité de la vague de contestation sunnite contre Maliki, le premier ministre, vague partie du démantèlement d'un camp de réfugiés qui servait de base arrière aux organisations terroristes. Grâce aux alliances locales notamment de tribus sunnites, EIIL n'a eu aucun mal à prendre le dessus sur l'armée et les forces gouvernementales et à arracher Ramadi et Fallouja pour déclarer les villes État islamiste. Pourtant, "les combattants de l'EIIL et les tribus locales ne partagent pas la même vision de l'Etat ou de la société. Il y a entre elles une adhésion par pure solidarité contre un même ennemi. Ce sont des allégeances volatiles" explique Dominique Thomas dans le Monde. Et donc c'est ce ancrage local, travaillé depuis la guérilla contre les États-Unis en 2003-2004 que ces villes resteront État islamiste. Les ancrages sont donc fragiles dans leurs bases mais restent détenteurs du pouvoir et de la psychose s'intallant progressivement dans le Blad al-Cham...

     

    Questions d'Orient - Le 12 janvier 2014


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