• Syrie: l'appareil militaire et sécuritaire doit rester aux alaouites

    Syrie:

    l'appareil militaire et sécuritaire doit rester aux alaouites

     

    Vous êtes prévenus, la transition à Genève en janvier ne pourra s'envisager sans le président Assad.

    C'est le message et la ligne rouge clairement défini par Washington et les puissances européennes ces derniers jours à propos des négociations qui pourraient réunir les deux camps en janvier. Quel paradoxe quelques mois après l'armement des avions pour aller frapper les troupes du président alaouite! En réalité, il semblerait que l'Occident ayant pris une sérieuse décharge après la prise d'une zone de caches d'armes de l'ASL mais aussi de matériel occidental au nord de la Syrie par le Front Islamiste, la semaine dernière. 

    Le message a été transmis aux membres du CNS (Conseil National Syrien) mardi lors d'une conférence à Londres avec les Amis de la Syrie. Cette organisation informelle regroupe les puissances occidentales, arabes mais aussi la Turquie, acteur prenant une place considérable dans le transfert et le transit de combattants islamistes vers la Syrie. 

    Cela n'a pas été sans réveillé les ardeurs des membres du CNS. "Nos amis occidentaux ont clairement dit à Londres qu'on ne pouvait pas laisser Assad partir maintenant parce qu'ils pensent que cela déboucherait sur du chaos et une prise de contrôle par les activistes islamistes", a déclaré à l'Agence Reuters un membre du CNS, proche de responsables saoudiens. L'idée que le régime réorganise une éléction présidentielle à la fin du mandat officiel d'al-Assad à l'horizon 2014 anime quelques ardeurs patriotiques qui ne manquent pas de rappeler quelques épisodes flous du conflit: "Certains ne semblent même pas se soucier du fait qu'il puisse se représenter l'année prochaine, en oubliant qu'il a gazé son propre peuple." D'autant que si la situation d'une éléction se présentait, il n'est pas exclu que le président al-Assad soit reconduit tout à fait légitimement grâce à l'addition des minorités qui pèsent lourd: coptes, alaouites, commerçants, syriens désemparés par la montée d'islamistes ou tout simplement fidèles d'Al-Assad. 

    Le message envoyé par les puissances occidentales et notamment par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis traduit clairement un changement de perspective dans la gérance géopolitique du conflit. L'évincement diplomatique ou militaire du président a été rapidement relégué au second rang et les présidents occidentaux semblent avoir punaisés un post it: il faut entamer une chasse aux groupes islamistes auxquels nous avons laissé la voie (et la voix) libre en choisissant de ne pas intervenir. 

    Ces décisions divisent profondément la communauté internationale affectée par la crise syrienne. Cela pourrait conduire à un rapprochement avec la Russie mais laisse les Turcs et les Saoudiens fâchés. Voilà 43 ans que l'Arabie Saoudite sunnite doit supporter ce neutron alaouite installé dans la ville par excellence des sunnites après l'historique passage des Omeyyades de Damas. En revanche, les islamistes et la propagation de ces groupes au Proche-Orient ne semble pas réellement être un grand problème pour la monarchie wahhabite et Istanbul. L'Arabie Saoudite voit aussi d'un très mauvais oeil le rapprochement entre Washington et l'Iran, le grand ennemi chiite malgré les dernières propositions d'ouverture du premier ministre Zarif au CCG. 

    Ce mécontentement, l'Arabie n'a pas hésité à le manifester ouvertement: aux Amis de la Syrie elle n'a envoyé qu'un diplomate de second rang et mardi via le par le New York Times, l'ambassadeur saoudien à Londres Mohammed ben Nawaf ben Abdel Aziz al-Saoud, apostrophe ses "amis et partenaires occidentaux". Sans passer par des chemins dérivés il écrit que les relations du royaume wahhabite avec ses partenaires "ont été mises à l'épreuve principalement en raison de différends sur l'Iran et la Syrie".

    Ryad n'hésite plus à revendiquer son statut de "cavalier seul","n'a d'autre choix que d'agir avec davantage de détermination dans les affaires internationales", "avec ou sans le soutien de nos partenaires occidentaux". Et l'ambassadeur de rajouter devant l'argument de l'augmentation de l'influence djihâdite qu'il est "trop facile pour certains d'utiliser la menace des actes terroristes d'el-Qaëda comme excuse à l'hésitation et à l'inaction."

    Aziz al-Saoud a aussi assuré du soutien de l'Arabie Saoudite à l'ASL, chose que ne remettent toutefois pas en question les Etats-Unis puisque la semaine dernière encore, John Kerry, secrétaire d'Etat avait assuré du même soutien. Ne confondons pas ASL et rébellion syrienne...

    "Le moyen de prévenir l'avènement de l'extrémisme en Syrie est de soutenir les hérauts de la modération: financièrement, matériellement et, oui, militairement si nécessaire", juge le diplomate saoudien. 

     

    Concernant des mesures de rapprochement entre les Etats-Unis et la Russie, elles semblent en fait plus avancées que ce que l'on pourrait croire. Selon un membre de l'opposition qui a des contacts aux Etats-Unis, les deux pays pourraient être en train d'engager un travail diplomatique visant à définir à définir un cadre pour la transition étatique. 

    Les déclarations restent les mêmes: les alaouites doivent garder le contrôle de l'armée. Cela permettrait sûrement d'éviter nombre de vengeances contre les familles chiites mais aussi la création d'un corps d'union contre la menace réelle: al-Qaïda. Pour cela, les deux pays pourraient envisager l'intégration directe au corps d'armée syrien, des certaines milices rebelles actuelles parmis les plus modérées. Il faut rappeler que nombres de milices des premiers jours sont en lutte acharnée contre d'autres milices djihâdistes...l'objectif premier se perd de vue. "Même si Assad est mis de côté et qu'un sunnite est placé à la tête d'une autorité de transition, ce dernier n'aura aucun pouvoir car ni Washington ni Moscou ne semblent vouloir la fin du contrôle alaouite sur l'armée et l'appareil de sécurité", dit ce syrien, résistant des premières heures. 

     

    Aurait-on trouvé la solution? Pas sur qu'elle soit acceptée de tous les syriens. D'autant qu'il faudrait aussi trouver l'homme de l'après, l'homme qui hériterait du poste de président pour le gouvernement de transition. Les USA et la Russie auraient aussi commencer à examiner des listes de potentiels successeurs. 

    Afak Ahmad, un ancien officier des services secrets syriens ayant rompu en 2011, estime que Moscou pose cette condition de la présence alaouite comme une condition sine qua non.

    Il a déclaré que "La Russie ne s'accroche pas à Assad mais la ligne rouge pour Moscou, c'est la préservation de l'armée syrienne". "Elle juge que, avec une expérience de 50 ans au sein de l'armée et de l'appareil de sécurité, les alaouites sont les mieux placés pour combattre les activistes islamistes."."La solution politique doit être progressive et impliquer une direction collégiale", poursuit-il. "Si les alaouites ont la garantie qu'il n'y aura pas de représailles contre leurs vies et leurs biens, ils accepteront qu'Assad et le premier cercle de ses collaborateurs s'en aillent."

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    Il semble néanmoins certain que les discussions qui se rapprochent et qui auront probablement lieu à Genève à partir du 22 janvier 2014, seront centrées sur le rôle à venir de la minorité alaouite. Un diplomate aurait suggéré au CNS d'adopter une attitude plus "créative" sans forcément revenir sur le fait que le conseil exige le départ d'al-Assad. Mais il n'a pas manqué encore de rappeler la ligne de conduite au CNS: "Si l'opposition rejette un tel accord, elle perdra la plupart des pays occidentaux et n'aura plus que l'Arabie saoudite, la Libye et la Turquie à ses côtés". 

    Autant dire qu'avec toutes ces déclarations ces jours, le CNS se retrouve face à un sérieux dilemme, sous la pression et sûrement contraint de revoir ses plans.

     

    Questions d'Orient Le 18 décembre 2013


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