• Syrie: l'exode chrétien

    Syrie:

    l'exode chrétien

     

    La Syrie, ce pays où tous cohabitaient est aujourd'hui une boite vidée d'une partie de ces populations confessionnelles. Il s'agit bien entendu des populations chrétiennes qui fuyent un pays où ils doivent faire face aux accusations de collaboration avec le régime de la part des rebelles de l'ASL et aux violences extrêmistes dépourvues de toute justification de la part des groupes djihadistes. 

    Il n'y pas d'autres mots pour décrire la situation des chrétiens dans le pays de Bachar al-Assad, situation si absurde alors qu'il y a encore peu de temps, personne ne faisait attention à la confession. De fait l'exode chrétien donne lieu à des vagues de populations qui entament un exode incertain tant en durée qu'en terme de sécurité de vie. 

    Comme Louis Bandak, dont l'histoire est rapportée par L'Orient-Le jour, un certain nombre de ces chrétiens se réfugient en Turquie, au nord de la Syrie. Mais la plupart des réfugiés chrétiens sont partis au Liban ou en Jordanie, pays assez proches des zones de combats du sud (Damas, Deraa, Yabroud, Homs) mais aussi des pays qui présentent des proximités linguistiques et culturelles. De telles proximités permettent déjà aux chrétiens une meilleure assimilation dans la société alors qu'ils arrivent en tant que reclus, exilés et souvent avec rien. 

    Les quelques milliers qui choisissent la Turquie ne le font pas au hasard. Ils se sentent alors commettre un acte qui les rapproche de leurs origines passées. Il s'agit du retour dans le pays qu'ont quitté les ancêtres prêt d'un siècle auparavant faisant alors face aux hostilités de la Turquie lors de la Première Guerre Mondiale ou dans la période d'entre-deux guerre. Louis Bandak marche vers la terre de son grand-père. Le choix de ce lieu contribue ainsi à faire naître des sentiments qui transcendent l'idée du réfugié misérable qui part dans un pays qui n'est pas le sien. "Même si je n'y étais jamais allé, je ne m'y sens pas étranger. Ici aussi, c'est chez moi".

    L'ONU qui n'établit pas de comptes sur le nombre de réfugiés suivant des critères confessionnels rend donc difficile l'établissement de données sur les chrétiens exilés de Syrie et vacant dans les territoires surpeuplés et enclins eux-aussi à des dérives sécuritaires du Moyen-Orient. Selon Mark Ohanian appartenant à Charité chrétienne orthodoxe, cet exil concernerait pas moins de 300 000 à 500 000 chrétiens. 

    Pourquoi partir ? C'est la peur au ventre que tous quittent à la va-vite les terres syriennes. Accusés sur le simple fait que leur prénom ne sonne pas "musulman" par des groupes islamiques, ou systématiquement accusés d'être des soutiens directs de Bachar par l'ASL, ils sont victimes d'exactions depuis que le conflit s'est militarisé. Et pourtant, petite minorité (10% de la population environ), les chrétiens ne se sont jamais (ou presque) introduit dans les katiba de quartiers ou dans les milices pro-Bachar. La pluart ont explicitement vu le conflit confessionnel qui se jouait sur la terre syrienne entre chiites (Iran-Syrie) et sunnites (monarchies pétrolières, ASL). Aucun n'avait finalement une raison pour s'engager dans un tel conflit. "Les chrétiens sont pris pour cible parce qu'ils sont vus comme des alliés d'Assad, mais aussi parce qu'ils représentent une cible naturelle pour les fondamentalistes", explique l'historien William Dalrymple, spécialiste des communautés chrétiennes du Moyen-Orient, cité dans L'Orient-Le Jour. 

    Si cela fait quelque peu préjugé, il est incontestable qu'avant le conflit, la Syrie était un pôle de stabilité et de paix pour la communauté chrétienne d'Orient; un petit peu comme le Moyen-Orient il y a cinquante ans, avant la "djihadisation" et la perversion de la religion musulmane. "Les chrétiens du Moyen-Orient vivent leur période de déclin la plus spectaculaire, et c'est irréversible, l'Irak a perdu près de 70 % de sa population chrétienne depuis l'intervention américaine en 2003" selon M. Dalrymple. 

    C'est comme cela que se résume l'histoire de Louis Bandak qui a décidé de partir au printemps 2013, lorsque des combattants étrangers ont contrôlé ses papiers et l'ont accusé de collaboration avec l'État simplement pour son nom occidental: "J'ai dit que j'étais un pauvre électricien, ils m'ont relâché. Je n'arrêtais pas de trembler, j'ai pensé à ce que deviendraient mes filles sans leur père" rapporte Louis. "Nous en avons eu marre de la guerre. La prochaine fois que j'irai en Syrie, ce sera pour du tourisme", rajoute son épouse Ninorta.                                                                                              

    Louis Bandak est de la communauté syriaque, l'une des Églises catholiques orientales comptant dans ses rangs environ 180 000 fidèles. 

    Déjà en décembre 2013, Gregorios III, patriarche des grecs-catholiques accompagné de plus de 15 membres de son synode et de près de 500 pèlerins laïcs, avait apporté au pape François le "salut filial et dévoué" de son Église. Le Pape François avait alors demandé l'arrêt des persécutions contre les populations chrétiennes dont l'exode vidait le Moyen-Orient d'une frange de la population dont les origines sont antiques et dont la foi constitue une particularité historique de la région. 

     

    Questions d'Orient - Le 01 mars 2014


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