• Syrie: une transition pas encore...mais au moins des concessions !

    Syrie:

    une transition pas encore...mais au moins des concessions !

     

    Alors que les pourparlers de Genève avancent vraiment très doucement, les deux partis sont à la recherche de concessions pour éviter de repartir bredouille de cette conférence internationale. Hier, dimanche 26 janvier, les discussions ont porté sur les deux questions d'amorces choisies par Brahimi, le médiateur international de l'ONU: l'aide humanitaire à Homs et la question de la libération de prisonniers.

    Mais c'est avec un visage fatigué que Lakhdar Brahimi a annoncé qu'il approchait peut-être d'une solution maintenant néanmoins le mot prudence comme le maitre mot de ces négociations. "Si tout va bien, à partir de demain [lundi], les femmes et les enfants pourront quitter la vieille ville de Homs". Rappelons que la vieille ville de cette magnifique cité est assiégée par l'armée du gouvernement syrien depuis juin 2012. M. Brahimi a aussi précisé que concernant tous les autres habitants souffrant d'un manque de nourriture, de maladies et de conditions de vies épouvantables, l'armée syrienne réclamait une liste précise des noms de ceux voulant sortir de l'étau.

    Fayçal Mokdad, le vice-ministre des affaires étrangères syrien, a maintenu le ton provocateur qui a caractérisé la délégation syrienne depuis son arrivée à Montreux: il a assuré que le gouvernement d'Assad avait autorisé la sortie des populations de Homs mais les termes employés restent toujours ambigus ... "Si les terroristes armés de Homs laissent les femmes et les enfants partir de la Vieille ville de Homs, nous leur laisserons la voie libre". Les combattants ou membres des instances civiles de Homs ont demandé une assurance que cette évacuation se passera dans le respect des lois sur les populations et qu'aucun civil ne sera arrêté. Il est néanmoins envisageable que le régime laisse cette mesure entrer en action pour gagner auprès des populations, des pays occidentaux et de l'opposition une crédibilité supplémentaire.

    La situation demeurait toujours aussi confuse, dimanche soir, sur l'aide humanitaire que le régime Assad semblait aussi avoir concédé. Là encore, M. Brahimi n'a été que très prudent dans ses déclarations, la situation pouvant s'inverser très rapidement: "nous espérons que les convois entreront dans Homs demain [lundi]", a-t-il dit. Mais Fayçal Mokdad a souligné que le passage des convois faisait encore l'objet de discussions entre le gouverneur de Homs et la représentation de l'ONU à Damas. « Pour nous, le plus important est que ces convois ne tombent pas entre les mains des terroristes », a-t-il rajouté d'un ton cinglant.

    Concernant les prisonniers, le sujet reste encore l'objet de très vives discussions et pour le coup, le régime n'a accordé aucune crédibilité à la liste de prisonniers qu'a fourni l'ASL. "Plus 70 % des personnes mentionnées n'ont jamais été en prison et 20 % d'entre elles ont déjà été libérées », a déclaré la délégation syrienne.

    Cette multiplication des obstacles montre le fossé abyssal qui sépare les deux camps et retarde les pourparlers. En introduisant les notions d'aide humanitaire et du sort des prisonniers, Brahimi pensait engagé un discours plus léger avant d'entrer dans ce qui a réuni les deux pouvoirs: la transition politique voulue par l'opposition. Le médiateur pensait débuter lundi les pourparlers sur la politique de demain en Syrie mais le prolongement des discussions sur Homs et les prisonniers semble repousser un peu plus le réel enjeu de la rencontre...mais enfin bon, cela servira peut être au moins à sortir de cette rencontre avec des résultats faibles mais concrets.  "Sortir la Syrie du fossé dans lequel le pays est tombé prendra du temps » a admis Brahimi. 

     

    Alors pourquoi tant de temps aussi? ll est clair et net que le peu de motivation dans les discussions politique jusqu'à hier du régime de Damas traduit son objectif premier: jouer la montre. Depuis l'ouverture de la conférence de paix sur la Syrie, mercredi dernier à Montreux, le pouvoir syrien a fait preuve de beaucoup de mauvaise foi, et de cynisme d'abord en réfutant la légitimité de la délégation de l'opposition, emmenée le CNS qui est à ce jour la seule colonne vertébrale des mouvements opposés au régime de Damas représentative d'une opposition divisée en liwâ et en katibâ mais manquant d'une légitimité certaine pour les groupes combattants: celle de sa présence sur le terrain. Puis en rejetant les discussions sur le sujet principal de réunion: une transition politique pour un pouvoir civil et une sortie de Bachar al-Assad. Le terrain doit être libéré pour le CNS devant ainsi former "instance de gouvernement transitoire dotée de pleins pouvoirs". Mais ce n'était pas vraiment l'avis de Omran Zoabi, le ministre de l'information de la délégation syrienne qui a déboulé dans la salle de presse dès le premier jour des négociations en martelant "qu'il n'y aurait pas de transfert de pouvoir et le président Assad reste en place".

    Le jeu géopolitique fait aussi que le régime est tout à son aise et peu se permettre son arrogance et son absence de motivation. Tant que Assad continuera de récolter du soutien politique, militaire et économique des russes et de l'Iran et que les combats ne menacent pas son intégrité, il n'y a aucune raison pour qu'il fasse des concessions. D'autant que ces discussions à Genève semblent aussi avoir un effet très néfaste sur l'opposition syrienne modérée, se divisant plus de jour en jour. Le Monde n'hésitait plus ce matin à poser la question de la survie de l'opposition syrienne à ces pourparlers. Cela s'est traduit par une aisance ultime à l'oral de Walid Mouallem, chef de la diplomatie syrienne faisant face à un faible orateur pourtant chef d'une délégation syrienne libre: Ahmad Jarba qui a du être remplacé pour parler créant un nouveau sujet de discorde.

    Une rhétorique parfaitement huilée, c'est d'une manière fine et puissante à la fois que les membres du gouvernement syrien ont abordé les questions humanitaires et des prisons. Bouthaina Chaaban, proche conseillère d'Assad a traité avec grand mépris la situation à Homs, dont les quartiers rebelles de la ville sont bombardés quotidiennement  par l'armée syrienne: "l'autre partie est venue ici pour discuter d'un petit problème ici ou là. Nous, nous sommes là pour débattre de l'avenir de la Syrie", a-t-elle lâché. Concernant le sort des détenus, Omran Zoabi s'est montré plus fin en assurant que Damas souhaitait réellement régler la question des prisons "sans discrimination" mais en rappelant les multiples enlèvements de journalistes ou civils dans des zones rebelles et en assimilant dans le même mouvement, les groupes salafistes djihadistes et l'opposition modérée. Le CNS s'est vu accusé implicitement de cette manière d'enlèvement et de séquestration.

    Sur le terrain, les pourparlers n'ont pas du tout calmé l'ardeur des deux camps et des combats violents ont opposé dimanche les forces syriennes et l'ASL dans plusieurs quartiers de Damas (OSDH). Les combats auraient lieu à Jobar (est Damas) et à Port-Saïd dans le sud de la ville. A Alep, des violences sporadiques se poursuivent: un adolescent de 15 ans aurait probablement été abattu par un tireur d'élite de l'armée hier.

     

    Comme le rappelle Le Monde, les conflits évoluent mais le rôle de l'ONU reste le même et pourtant...si béant semble ce fossé, si infranchissable semble ce gouffre et si démodée semble cette devise du diplomate britannique, Robert Cecil, l'un des architectes de la Ligue des Nations, gravée en lettres dorées sur un mur du premier étage du siège de l'ONU à Genève :"les nations doivent désarmer ou périr"...

     


    Questions d'Orient - Le 27 janvier 2014


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